Kader Arif

Chapeau

À l’occasion du 70e anniversaire de la Libération de la France, le secrétaire d’état aux anciens combattants et à la mémoire rappelle l’engagement des combattants de France et d’ailleurs et met à l’honneur notre "mémoire de chair" pour faire des jeunes des "passeurs de mémoire".

Kader Arif. © Jacques Robert
Texte

Monsieur le ministre, pourquoi commémorer le 70e anniversaire des débarquements de Normandie et de Provence ?

C’est sur les plages normandes puis sur celles de Provence que se sont joués l’issue de la Seconde Guerre mondiale mais aussi le destin de la France, de l’Europe et du monde.

Le 6 juin 1944 mobilise des moyens matériels et humains considérables : plus de 5 000 navires de transport et péniches, près de 12 000 avions et plus de 135 000 hommes débarquent en un jour. Mais ce 6 juin est aussi le début d’une bataille, que le général de Gaulle appelait "la bataille de France" : c’est la bataille de Normandie. Près de 40 000 hommes meurent durant ces 78 jours de combats aussi glorieux que terribles.

Deux mois plus tard, le 15 août 1944, débarquent sur les côtes de Provence la 7e armée américaine du général Patch et la 1re armée française du général de Lattre de Tassigny, comprenant des Français de métropole, des unités de l'armée d'Afrique et celles formées en Afrique du Nord.

De ces deux fronts, les forces combattantes, aux côtés des résistants, libèrent les villes de France, de Nantes à Paris, de Marseille à Strasbourg. Aujourd’hui, ces dates sont des marqueurs forts de notre histoire nationale et de l’histoire du monde. Mais il est essentiel de rappeler la réalité derrière les dates : les hommes sacrifiés, le courage et l’abnégation des résistants, les combattants des nations alliées et de nos anciennes colonies tombés sur nos terres, les souffrances endurées par les populations civiles, les villes détruites par les bombardements. C’est toute cette histoire, au-delà des débarquements, qui doit être enseignée.

Mais cette histoire a aujourd’hui 70 ans. Que peut-elle signifier pour des générations qui n’ont pas connu la guerre ?

Oui cette histoire est lointaine. Mais nous devons y puiser les éléments les plus forts, ceux qui nous permettent de mieux comprendre notre présent et de préparer l’avenir. C’est ainsi que je conçois la mémoire, comme un élément dynamique et porteur d’espoir.

La mémoire n’est pas un sentiment, ni une simple démarche. Elle est un travail de tous les jours, vecteur d’échanges et de cohésion nationale. Elle est une politique que j’ai voulue ambitieuse. C’est pourquoi je tenais à lui rendre toute la place qui lui est due au sein de mon ministère en l’intégrant à la dénomination de mon portefeuille ministériel.

Comment intéresser alors les jeunes aux commémorations ?

C’est d’abord en enseignant notre histoire dans toute sa richesse et sa globalité, avec justesse et vérité, sans masquer les parties les plus sombres, que nous construirons un travail de mémoire qui pourra toucher l’ensemble de la jeunesse.

C’est en saisissant ce qui le lie personnellement à cette histoire que chaque Français pourra se sentir appartenir à la nation française. Je crois en l’appétence de nos concitoyens et des plus jeunes pour notre histoire. Prenons l’exemple de cette mémoire de Normandie, particulièrement vivante.

J’ai vu l’admiration que les jeunes portent à leurs aînés. J’ai moi-même échangé ces dernières semaines avec Léon Gautier, Hubert Faure et René Rossey qui se sont tous trois illustrés dans le débarquement de Normandie. Comment ne pas être ému par ces rencontres avec des personnes si humbles et pourtant si héroïques qui ont façonné notre histoire ?

J’ai vécu aussi avec ces jeunes des moments de recueillement parce que les plages du débarquement ou les cimetières normands parlent parfois mieux qu’un manuel scolaire et sont porteurs de notre histoire.

Je les ai vus enfin s’investir dans la préparation des commémorations en participant à la scénographie de la cérémonie internationale de Ouistreham et en débattant de l’avenir de l’Europe dans le cadre du Parlement européen des jeunes que Caen a accueilli fin mai. Il y a de véritables attentes chez nos jeunes. Nous sommes tous mobilisés pour y répondre.


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