La renaissance du mémorial du Mont Faron

Chapeau

Inauguré par le général de Gaulle le 15 août 1964, à l’occasion du 20e anniversaire du débarquement de Provence, le mémorial du Mont Faron a connu ces deux dernières années un grand chantier de rénovation jusqu’à sa réouverture au mois d’avril.

Entrée du Mémorial du débarquement et de la libération en Provence. © D. Pazery - Salle d'exposition du mémorial. © ONAC-VG/C. Bourdon - Le président de la République lors de la cérémonie le 16 mars 2017. © Présidence de la République/N. Bauer
Texte

LE MÉMORIAL DU MONT FARON, D’HIER À AUJOURD’HUI

Des centaines d’images d’archives, plus de 200 objets de collection (uniformes, armes, équipements, matériels de sabotage, munitions, insignes, fanions, tracts, etc.), des témoignages filmés, des cartographies animées, un spectacle audiovisuel immersif. En pénétrant dans ce qui est devenu le Mémorial du débarquement et de la libération en Provence, on ouvre une page essentielle de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. C’est le 16 mars dernier, moins de trois ans après la cérémonie du 70e anniversaire du débarquement de Provence, que le chef de l’État s’est rendu à nouveau sur le site du Mont Faron, afin d’inaugurer le nouveau mémorial. Entièrement rénové, ce haut lieu de la mémoire nationale rend hommage à tous les combattants qui se sont illustrés lors du débarquement allié le 15 août 1944 et dans la libération de la région. On peut lire sur la plaque dévoilée à l’occasion de la cérémonie d’inauguration : "Ce mémorial rénové est consacré à celles et ceux venus de tous les horizons qui ont combattu lors du débarquement de Provence et pour la libération de l’Europe".

Depuis plus de cinquante ans, le mémorial retrace l’histoire des combattants de l’armée française, venus de métropole, d’Outre-mer et de l’empire colonial français, ayant débarqué en Provence en août 1944, aux côtés des Alliés (Américains, Britanniques et Canadiens), et participé à la libération de la France et de l’Europe. Selon les termes du général de Gaulle en 1964, la France devait à tous ces hommes "le ressaisissement suprême qui assura notre destinée". C’est en signe d’hommage et de reconnaissance éternelle qu’il décida de faire de la tour Beaumont, fort édifié au XIXe siècle, le Mémorial du débarquement de Provence, dont la muséographie n’avait pas évolué jusqu’à aujourd’hui.

RETOUR SUR UNE ÉTAPE CRUCIALE DE LA LIBÉRATION

Le 15 août 1944, deux mois après celui de Normandie, les Alliés lancent un nouveau débarquement en Provence. Sous le nom de code Dragoon, il a pour objectif d'établir une tête de pont entre Agay et Cavalaire, et de conquérir les ports de Toulon et de Marseille, avant que les troupes ne remontent le long du Rhône pour faire la jonction avec l'armée du général Patton venue de Normandie.

Près de 100 000 hommes et 10 000 véhicules sont débarqués en un jour. Au soir du 15 août, les pertes sont déjà nombreuses. Le lendemain, l’Armée B du général de Lattre de Tassigny débarque : sept divisions, deux groupements de tabors et d’autres unités françaises prennent pied sur les côtes varoises. Tandis que les Américains s’avancent vers la Haute-Provence et la vallée du Rhône, les troupes françaises libèrent les villes de Toulon et Marseille les 27 et 28 août, après de durs combats, soit un mois avant le calendrier prévu. Le 28 août 1944, les hommes du général de Lattre de Tassigny rejoignent les Alliés à la poursuite des troupes ennemies. Petit à petit, les villes sont libérées et, dès septembre, les combattants d’Overlord débarqués en Normandie le 6 juin et ceux de Dragoon se rejoignent en Bourgogne. L’objectif est atteint.

UN GRAND CHANTIER DE RÉNOVATION

Dès la fin de l’année 2014, soit quelques semaines après l’annonce de la rénovation du mémorial par le président de la République, un comité scientifique est mis en place, sous la présidence de l’historien Jean-Marie Guillon, afin de renforcer le sens mémoriel du lieu. Très vite, une réflexion historique et mémorielle est conduite pour le futur parcours muséographique, avec une double vocation de modernisation du site et de préservation de son authenticité.

L’ensemble du ministère de la défense s’est alors mobilisé : la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, maître d’ouvrage de l’opération, l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, son opérateur, qui a piloté les travaux intérieurs d’aménagements muséographiques et scénographiques, l’Établissement du service d’infrastructure de la défense de Toulon, qui a conduit les travaux de rénovation du bâti extérieur, ou encore le musée de l’Armée, qui a procédé à l’expertise des collections.

UN ENJEU HISTORIQUE ET MÉMORIEL

Afin que vivent et s’incarnent dans ce lieu symbolique toutes les mémoires du débarquement du 15 août, le mémorial du Mont Faron est devenu le Mémorial du débarquement et de la libération en Provence. Il a vocation à mettre à l’honneur tous les combattants de la Liberté : les Français libres, les soldats venus d’Afrique, les résistants, les combattants alliés, et à mettre en lumière leurs itinéraires personnels. Une place plus importante est ainsi accordée aux acteurs du débarquement et de la libération mais aussi aux combats qui ont eu lieu en Provence.

Le parcours muséographique revient également sur l’histoire du site, de la décision du général de Gaulle d’en faire un lieu de mémoire à aujourd’hui, inscrivant ainsi le Mont Faron dans une longue tradition d’hommage aux combattants du 15 août 1944. Ce haut lieu de la mémoire nationale, lieu de transmission des valeurs républicaines et d’éducation à la citoyenneté, se veut enfin une célébration de la mémoire partagée entre ces peuples réunis dans un même souvenir fraternel, en même temps qu’une incarnation du combat pour la paix.

UN ENJEU TOURISTIQUE

Si le plateau du Faron, dans lequel le mémorial s’insère, offre un panorama inédit sur les côtes de Provence, là où le vent de l’histoire a soufflé, il présente toutefois des difficultés d’accès au site. L’un des enjeux de la rénovation était d’inscrire le mémorial dans cet environnement contraint tout en améliorant l’accueil au public afin de le rendre plus attractif : 300 000 personnes se rendent chaque année sur le Mont Faron mais seulement 3 à 4% d’entre elles visitent le mémorial. L’objectif est de développer la fréquentation touristique de ce site de mémoire, à travers la mise en valeur des collections, le renouvellement des contenus historiques et la modernisation du parcours.

En favorisant les supports multimédias et en proposant une offre pédagogique variée, le mémorial entend aussi attirer les jeunes générations en plus grand nombre afin qu’elles s’approprient l’histoire du lieu et de la région mais aussi qu’elles s’intéressent à ce qui les lie personnellement à cette histoire.

Telle est la vocation du nouveau Mémorial du débarquement et de la libération en Provence : faire perdurer, au-delà des témoins et en l’inscrivant dans la pierre, l’hommage aux combattants et résistants d’août 1944 et faire des plus jeunes des passeurs de cette mémoire.


Auteur
La rédaction

En savoir plus

Lieu de mémoire

Aix-en-Provence Luynes

Articles de la revue

Articles en lien

Août 1944 : le débarquement de Provence
15 août 1944 : Opération "Anvil-Dragoon"
La libération de Marseille
L'année 1944 en France
6 juin 1944 : le débarquement de Normandie
Charles de Gaulle
Jean-Marie de Lattre de Tassigny