Qui étaient les Français libres ?

 

Qui étaient les Français libres ?

 

"Des hommes partis de rien" (René Cassin)

 Le général de Gaulle passe en revue les premiers volontaires de la France Libre. Source : Fondation de la France Libre

 

 

Quand la voix du maréchal Pétain s'éleva pour appeler à l'armistice, beaucoup de Français ressentirent un lâche soulagement. Hébétée par l'offensive allemande, secouée par des semaines de bombardement, incrédule devant la vitesse d'avancée des troupes allemandes, la France de juin 1940, désorganisée et éperdue, aspirait avant tout à la paix. Une voix s'éleva alors pour dire non à une paix acceptée hors l'honneur. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle s'adressait aux Français depuis l'Angleterre pour les inciter à poursuivre le combat et à le rejoindre en Angleterre. Des hommes, des femmes aussi, de tous les horizons, le rejoignirent alors. Ce fut l'origine des Forces françaises libres, de terre, de mer et de l'air.

 

Il n'existe pas de définition officielle de la France Libre. Est considéré comme Français libre tout individu qui a rejoint à titre individuel ou en unité constituée volontaire une unité régulière reconnaissant l'autorité du général de Gaulle ou un mouvement de la Résistance intérieure relevant de son autorité, signant un engagement valable pour la durée de la guerre avant le 1er août 1943. À partir de cette date, la totalité de l'Empire français est officiellement rentré en guerre et les engagements n'ont plus été le fait des volontés individuelles mais de la mobilisation.

 

Au-delà de cette tentative de définition, correspondant plus à des données administratives qu'à une véritable césure historique, la France Libre est avant tout caractérisée par un état d'esprit et le refus de la défaite.

 

En juillet 1940, les Forces françaises libres comportaient 7 000 hommes. Au maximum de leur développement, elles rassemblèrent 53 000 hommes. Mais pour limitées en nombre qu'elles fussent, ces forces n'en jouèrent pas moins un rôle essentiel pour la France.

 

 

Pourquoi et comment se sont-ils engagés ?


 

Soixante ans après les faits, l'historien cherche d'abord à comprendre pourquoi certains hommes se sont engagés et d'autres pas, comment certains sont arrivés à la conclusion qu'un engagement s'imposait, quitte à y laisser leurs vies. Tous les sondages faits à ce jour montrent que les motivations de l'engagement furent essentiellement patriotiques et/ou idéologiques.

 

Il fallait avant tout, pour ces volontaires, libérer la France et laver l'humiliation de la défaite. L'indépendance de la France est la motivation la plus souvent avancée, suivie de la volonté de laver l'humiliation de la défaite, bien avant la lutte contre le fascisme et le nazisme ou le salut de la république et de la démocratie.

 

Beaucoup des anciens FFL interrogés aujourd'hui justifient leur engagement en évoquant des pères ou des frères morts au combat en 1914-1918, un lorrain évoque l'annexion de la Moselle en 40, un «cataclysme» pour lui, d'autres soulignent le désir «d'avoir un chef, un drapeau et un pays à défendre», un juif rallié en 1942 parle des lois antisémites de Vichy, un autre note le retentissement des faits d'armes de Bir Hakeim.

 

Le hasard, les influences de camarades ont aussi joué, notamment pour les soldats que le hasard des combats avait amené en Angleterre en 40 et dont tous, loin s'en faut, ne choisirent pas de rester. Des effets d'entraînement ont été déterminants, pour prés de 13 % des engagés, dont l'opinion a basculé du fait du ralliement du territoire où ils se trouvaient ou de l'engagement d'amis.

 

Graphique sondage sur la motivation des FFL à s'engager. Source : Fondation de la France Libre

 



Le choix fut parfois aussi quelque peu contraint, notamment pour les équipages des bateaux de commerce ou de bâtiments auxiliaires arraisonnés, internés en Angleterre ou aux Bermudes, ou encore pour quelques mousses embarqués par hasard sur le "Massilia", en tant que garde d'honneur, ou plus tard, rarement toutefois, stimulé par une désignation au titre du STO. Les marins arrachés à leurs bateaux par les Royal Marines anglais le 3 juillet 1940 durent se déterminer sur le champ et à Plymouth, seuls 200 marins sur 2 500 choisirent la poursuite du combat.

 

 

 

L'appel du général de Gaulle


 

De Gaulle n'est pas apparu immédiatement comme le recours providentiel et seule une minorité a entendu directement son appel, ou plutôt ses appels. Tel futur FFL l'a entendu le 17 juin, à 10 heures du soir, à Paris, plusieurs autres le 18 juin en Angleterre où certains avaient déjà décidé de poursuivre la lutte avec les Anglais. Mais quelques acteurs disent aujourd'hui avoir entendu cet appel du 18 juin, alors qu'il s'agit manifestement, soit d'une confusion avec le discours du 22 juin, soit d'une construction de la mémoire a posteriori.

 

D'autres indiquent avoir entendu les discours du général le 21 et le 22 juin, à bord de bateaux parfois, ou en avoir entendu parler ultérieurement, par la radio australienne à Nouméa, par exemple, ou fin juin au mess des officiers de l'Air à Toulouse, ou encore par la radio fin juin en AEF. Un juif allemand l'a découvert en lisant la proclamation affichée à Montevideo par l'ambassadeur de France. Le bouche à oreille surtout a joué. Un Français a été informé par un docker anglais de Southampton, le soir du 18 juin, un autre, en Angleterre également, par des camarades, un autre dans un mess au Liban, un autre en a entendu parler étant en brousse au Gabon par un administrateur des colonies, d'autres enfin, équipages de bateaux arraisonnés, à Crystal Palace à Londres, où ils étaient internés. Beaucoup de jeunes métropolitains ont été informés qui par un père, qui par un oncle ou par des camarades. Mais l'appel du général n'a touché que tardivement certains, durant l'été 40 par des conversations pour les uns, fin 40, par des camarades de faculté à Metz, engagés dans un mouvement de résistance pour un autre, en 41 à Toulon pour un autre, voire fin 41, début 42 pour un dernier, pétainiste installé en Tunisie qui commença alors à réviser son jugement. Un marin qui servait sur un aviso vichyste n'a même entendu parler du général de Gaulle qu'en mai 1942, par un officier canadien, après avoir déserté à Diégo-Suarez à la suite du bombardement de son bateau. L'appel du général de Gaulle a suscité un vif espoir: "Enfin un vrai Français!". Ce fut, dit l'un, "un soulagement qu'un général reprenne le flambeau", "une immense espérance ". Enthousiasme, confiance, espoir, admiration, approbation de l'attitude du général sont les sentiments dominants. Ce fut aussi dès cette époque que les plus jeunes, qui rejoindront de Gaulle en 1942 ou 1943, prirent leur décision, entendant ou ayant connaissance de cet appel.

 

 

 

Comment se sont-ils engagés ?

 

 

On ne saurait résumer les modalités d'adhésion à la France Libre. Motivations et modalités ont beaucoup varié au cours des trois ans que dura l'aventure de la France Libre puis de la France Combattante, appellation retenue à partir de juillet 1942. L'aventure collective des 129 pêcheurs de l'île de Sein, massivement ralliés en juillet 1940, qui amena le général de Gaulle à s'exclamer "L'île de Sein, c'est donc le quart de la France" ne reflète pas la réalité statistique (1).

 

Il y eut certes des Bretons ralliant l'Angleterre à la rame. Mais les ralliements de candidats à l'engagement venant directement de France devinrent difficiles à partir de novembre 1940, en raison de la surveillance des côtes effectuée par les Allemands. Les engagements s'étalèrent par ailleurs dans le temps, revêtirent les formes les plus diverses et un certain nombre des gens aujourd'hui considérés comme Français libres ont servi en France occupée, dans des mouvements de résistance liés au BCRA ou à la DGER. Les engagements dans la résistance intérieure furent par nature discrets et il n'est pas toujours certain que les principaux acteurs aient eu conscience de l'appartenance ou non de leur réseau à la France Libre. Il y eut en fait autant d'aventures que d'hommes et ce furent souvent des épopées. L'un, aspirant, a gagné l'Angleterre par bateau avec 12 hommes de sa section, en juin 1940, partant de Saint-Jean-de-Luz. Un autre a traversé la Manche à la godille avec son frère, un troisième a embarqué à Paimpol avec 41 élèves de l'école de marine marchande de Paimpol, un quatrième a gagné l'Angleterre à 14 ans et demi pour s'engager alors qu'il n'avait pas 16 ans. Un autre fit six cents kilomètres à vélo avec un ami pour gagner Brest. Les derniers volontaires qui purent rejoindre l'Angleterre le firent à partir de la côte basque sur des bateaux polonais.

 

Quelques volontaires ont déserté de Syrie, en camions militaires ou à pied, dès l'été ou l'automne 40 pour rejoindre les forces anglaises en Egypte ou en Transjordanie, un autre a quitté sa famille et ses enfants à Nouméa pour aller s'engager dans les SAS en Angleterre, un autre encore a gagné l'Afrique du Sud par mer, venant de Djibouti, à bord d'un voilier. D'autres ont eu plus de " chance ", étant par exemple présents comme militaires à Douala à l'arrivée de Leclerc, en août 1940.

 

Ils venaient de tous les territoires d'Outre-Mer ralliés à la France Libre. Source : Fondation de la France Libre

 



Quelques rares aviateurs rejoignirent l'Angleterre avec leur appareil, voire avec des appareils italiens ou allemands volés. D'autres, plus nombreux, purent gagner Gibraltar ou l'Egypte. Du 26 au 30 juin, sept appareils parvinrent ainsi à se poser à Gibraltar, dix autres le firent entre le 5 et le 11 juillet. Des marins de la marine de Vichy ont déserté de leur bateau, l'un par exemple en rade de Pointe-Noire, l'autre à la Martinique pour s'engager à New-York, un autre, marin du commerce, s'est jeté à l'eau d'un cargo vichyste au large de Gibraltar. Plusieurs, lassés de servir à bord de bâtiments attendant à la Martinique la fin des hostilités, selon les ordres du gouverneur fidèle au régime de Vichy, l'amiral Robert, désertèrent avec des embarcations de fortune vers Sainte Lucie, d'où ils rejoignirent New-York. Beaucoup, 15 % environ, sont passés par l'Espagne et presque tous ont connu le dur camp de Miranda, après le commissariat d'Irun ou les prisons de Saragosse ou de Burgos. Très peu étaient passés par des réseaux et la grande majorité a tenté l'aventure sans passeur, avec des amis ou d'autres résistants. Beaucoup doivent leur libération après quelques mois à l'intervention du consulat ou de l'ambassade anglaise en Espagne. Peu d'unités constituées rallièrent les FFL, venant de France métropolitaine. Quelques rares officiers entraînèrent dès 1940 leur compagnie ou leur batterie, partant de Chypre ou de Syrie vers l'Egypte britannique où elles formeront le 1er bataillon d'infanterie de marine. Le gros des forces vint des territoires de l'Empire, telle la colonne Leclerc en Afrique Équatoriale ou le bataillon du Pacifique. La Légion Étrangère, dont une partie resta fidèle à Vichy, fournit la 13e demi-brigade de la Légion Étrangère, venant de Narvik via l'Angleterre, que son colonel entraîna au complet en Afrique équatoriale. (1)

 

En novembre 1940, les Sénans représentaient un tiers des 350 volontaires FNFL finistériens, qui constituaient 10% des effectifs totaux. Les ralliés ne représentaient pas pour autant 10 % de la population totale.

 

 

 

La diversité des FFL



Tous les FFL n'ont pas adhéré dès juin 1940 aux convictions du général de Gaulle. Certains ne s'y sont ralliés que tardivement. Un jeune limougeaud, ingénieur de formation explique ainsi qu'incorporé dans les Chantiers de jeunesse d'août 1941 à juin 1942, il était surtout préoccupé par la musique, étant affecté à la fanfare, et le fonctionnement du poêle à bois de son baraquement. Il n'a commencé à se sentir concerné par la guerre qu'après l'occupation de la zone libre, lorsqu'il a vu les Allemands réquisitionner son immeuble. Et il lui a encore fallu un an de maturation, ayant repris ses études, avant de décider de rejoindre en juillet 1943, non pas le général de Gaulle, mais l'armée française ayant repris le combat.

 

Motivation, sensibilité, conviction ont donc fortement varié de juin 1940 à juillet 1943.

 

 

 

Une démarche individuelle



Il est donc très difficile d'établir un profil type des FFL. Ils ont en commun d'avoir été jeunes : 70 % avaient moins de 30 ans, 18,5 % moins de 20 ans, célibataires à 70 %, d'être majoritairement issus de milieux plutôt modestes, d'origine surtout urbaine. 75 % n'avaient pas dépassé le niveau de l'enseignement secondaire. Beaucoup venaient de Bretagne ou d'Alsace-Lorraine, d'Afrique du Nord ou de l'Empire. Un quart était militaire de carrière engagé en 1939, la moitié étant sous les drapeaux en 1940 et la majorité (65 %) était issue de milieux sensibles aux valeurs patriotiques.

 

Mais être FFL, c'est avant tout une démarche individuelle, un choix, certes fait à des époques différentes, dans des situations différentes, mais un choix assumé, souvent individuellement, parfois collectivement, comme l'équipage du sous-marin «Rubis» qui se prononça, par vote secret, ou comme ces cinq pilotes, qui dès le 20 juin 1940, décidèrent de rallier Gibraltar avec leurs avions et qui furent abattus par la DCA qui ne les reconnut pas. Cette démarche individuelle, ce volontariat assumé, c'est toute la différence avec les soldats de l'armée d'Afrique, qui ont repris le combat, sur l'ordre de leurs chefs, après novembre 1942, avant de s'illustrer dans les combats d'Italie.

 

 

site internet externe : Fondation de la France Libre

Source : Fondation de la France Libre