Lettre d'information

Axe 1 : La dimension politique de la guerre : des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux

Cet axe met en lumière la pensée clausewitzienne, souvent résumée par son aphorisme liant le phénomène guerrier à la continuation de la politique « par d’autres moyens ». Outre l’importance de revenir sur Clausewitz, les jalons suggèrent une imprégnation de la typologie des nouvelles formes de conflits.

 

Encart : Clausewitz, la pensée et la guerre

Il convient avant toute chose de revenir sur la définition de la guerre que donne Clausewitz, et qui s’appuie sur son œuvre De la Guerre (Vom Kriege), écrit entre 1820 et 1831 et paru de façon posthume (l’organisation de l’ouvrage et sa traduction ont fait l’objet de nombreuses critiques, éclairant les difficultés à classer la pensée du stratège, voir par exemple Carl von Clausewitz, De la Guerre, trad. Denise Naville, Paris, éditions de Minuit, coll. « Arguments », 1955).

Une recension des travaux en français sur Clausewitz offre un panorama sur l’homme et sa pensée.

On suggère, pour débuter, une biographie de l’homme (par exemple Bruno Colson, Clausewitz, Paris, Perrin, 2016) et une étude sur le stratège en son époque (Olivier Zajec, Stratégie. Carl von Clausewitz en son temps : « die Natur des Mannes », Diploweb.com : la revue géopolitique, 25 mars 2018. Différents travaux ont été réunis dans une publication spéciale de la revue Stratégique (« Clausewitz II », in Stratégique 2009/5-6 (N° 97-98).

Pour aller plus loin

Sur la pensée clausewitzienne, l’ouvrage classique est celui de Raymond Aron, Penser la guerre. Clausewitz, t. 1 : « L’Âge européen » ; t. 2 : « L’Âge planétaire », Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 1976.

Sur la réception, notamment en France, les travaux de Benoît Durieux font autorité (Relire De la guerre de Clausewitz, Paris, Economica, 2005 et le résumé de sa thèse, « Clausewitz et la réflexion sur la guerre en France, 1807-2007 Positions de thèse », Stratégique, 2009/5 (N° 97-98), p. 217-240.

Pour entrer dans la conception de la guerre selon Clausewitz, les articles suivants offrent une compréhension assez fine :

Sur l’actualité de Clausewitz, à l’aune des nouvelles conflictualités :

 

Les nouvelles formes de conflit – asymétrie, contre-insurrection, hybridité

Une définition simple du conflit asymétrique : Il se définit par son opposition aux guerres conventionnelles, réglées, et qui se pensent symétriques par l’alignement d’États ou d’acteurs étatiques, avec des buts de guerre identifiés, appuyés sur des outils militaires (états-majors, armées…) et dotés de moyens matériels conséquents. Un conflit peut aussi être dissymétrique quand le rapport de force ou l’écart technologique est écrasant. La guerre asymétrique nie ces relations : il s’agit d’opposer des acteurs qui ne sont pas de même nature (État contre groupes non étatiques), qui ne visent pas les mêmes buts de guerre (le centre de gravité est plutôt la population qu’un territoire ou la capitale adverse), et qui ne disposent pas des mêmes moyens. On lui associe généralement les termes de guérilla ou de terrorisme (qui sont plutôt des modes d’action), ou plus génériquement, de de conflit de basse intensité ou non-conventionnel. Dans tous les cas, l’asymétrie bouscule et inverse le rapport de force entre les belligérants.

    La contre-insurrection correspond à la fois à un mode d’action et à un modèle de réponse où les aspects politiques et sociaux sont aussi importants que la pure action militaire. Historiquement associée aux conflits de colonisation et de décolonisation – guerre d’Indochine, d’Algérie, du Vietnam – elle définit aussi certains conflits récents (Irak et Afghanistan). Les exemples historiques sont nombreux, et les analogies parfois trompeuses, mais toutes partagent une réflexion sur les raisons de l’insurrection, ses méthodes, et l’importance de (re)conquérir la population qui paraît au centre des enjeux.

    L’hybridité est un concept récent, qui prend note de la continuité entre paix, crise et guerre, en insistant sur la notion de seuil entraînant une réaction de la part des acteurs visés. A l’échelon tactique, l’hybridité se voit dans la possibilité pour des acteurs non-étatiques de se doter de moyens et de matériels autrefois à disposition des seuls États (le meilleur exemple étant le Hezbollah libanais). A l’échelon stratégique, on peut y voir la combinaison, au service d’intérêts de puissances émergentes ou revendicatrices, de modes d’action sous le seuil, qu’il est difficile d’attribuer : attaques cyber, manœuvres de désinformation etc.

     

    Afin de mieux comprendre la nature des guerres entre la fin de l’époque moderne et celles de la Révolution et de l’Empire, on suggèrera de revenir sur certaines propositions faites en lien avec le programme de Première générale, reprises ci-dessous. Qu’il s’agisse de visites, ou d’objets, la nature de la guerre et ses manifestations y sont présentées.

     

    La Guerre de Sept Ans

    L’ouvrage classique pour saisir les implications politiques, sociales et militaires de ce conflit mondial est à lire chez Edmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans. 1756-1763, Paris, Perrin, 2015.

    On peut aussi lire Jonathan Dull et Jean-Yves Guiomar, La Guerre de Sept Ans : histoire navale, politique et diplomatique, Paris, Les Perséides, 2009.

    Sur les évolutions en matières diplomatiques, voir Marc Bélissa, Edmond Dziembowski, Jean-Yves Guiomar, Hervé Leuwers, « De la Guerre de Sept Ans aux Révolutions : regards sur les relations internationales », Annales historiques de la Révolution française, n°349, 2007. pp. 179-202

    Sur un personnage, voir l’analyse du personnage du marquis de Montcalm

     

     

    Visites

     

    Musée de l’Armée (Paris)

    Musée de l’Artillerie (Draguignan)

    Musée du Génie (Angers)

    Au Musée de la Marine (Paris)

    Au musée Fesch (Ajaccio)

    Au Musée de la Révolution française (Vizille)

    Images et objets

    Au Musée de l’Armée (Paris)

    Documents iconographiques

    Bibliographie indicative

    Un ouvrage classique :

    • Jean-Paul Bertaud et Daniel Reichel (dir.), L’Armée et la guerre, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), coll. « Atlas de la Révolution française » (n°3), 1989.

    Sur la guerre au cœur des préoccupations révolutionnaires :

    • Roger Dupuy, La République jacobine. Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire (1792-1794), Paris, Seuil, Nouvelle Histoire de la France contemporaine, t. 2, 2005.

    Plus contesté sur l’usage d’un concept comme celui de « guerre totale » :

    • David Bell, La Première Guerre totale. L’Europe de Napoléon et la naissance de la guerre moderne, Seyssel, Champ Vallon, 2010.
    • Sur le débat historiographique et la notion de « guerre totale » : David Bell, Annie Crépin, Hervé Drevillon, Olivier Forcade et Bernard Gainot, « Autour de la guerre totale », Annales historiques de la Révolution française, 364, avril-juin 2011  

    La somme de Thierry Lentz (Nouvelle histoire du Premier Empire ; tome 1 : Napoléon et la conquête de l’Europe (1804-1810) ; tome 2 : L’effondrement du système napoléonien (1810-1814) ; tome 3 : La France et l’Europe de Napoléon (1804-1814) ; tome 4 : Les Cent-Jours (1815), Paris, Fayard, 2002-2010) offre des réflexions sur l’emploi de l’outil militaire et la part des conquêtes et de la guerre, mais aussi de la diplomatie, dans l’Europe napoléonienne.

     

    Les campagnes napoléoniennes

     

    Le Musée de l’Armée a réalisé quelques catalogues utiles en lien avec la visite des salles modernes :

    • Émilie Robbe, François Lagrange (dir)., Napoléon et l’Europe, musée de l’Armée/Somogy éditions d’art, 2013.
    • Émilie Robbe, François Lagrange (dir)., Napoléon stratège, musée de l’Armée/Liénart, 2018.

    Pour aller plus loin

    • Jean-Paul Bertaud, La Vie quotidienne des soldats de la Révolution, 1789-1799, Paris, Hachette, 1985.
    • Nicolas Cadet, Honneur et violences de guerre au temps de Napoléon. La campagne de Calabre. Paris, Vendémiaire, 2015.
    • Nathalie Petiteau, Guerriers du Premier Empire. Expériences et mémoires, Paris, Les Indes savantes, 2011.

     

    Guerres irrégulières, guerres au milieu des peuples

     

    Clausewitz est un des premiers penseurs à réfléchir à la notion de guerre populaire, où l’inspiration d’un peuple conduit à un soulèvement contre un pouvoir étranger notamment. Il puise son inspiration dans son temps, où l’on trouve, sous Napoléon des insurrections populaires et des formes de guerres nouvelles, conduites aux côtés des affrontements traditionnels et conventionnels. Cette petite guerre, bientôt renommée « guérilla » à l’expérience de l’Espagne (1808-1814), de la campagne de Russie (1812), impose l’image d’un nouvel acteur, le partisan, qu’il s’agit d’encadrer et d’insérer dans un ensemble politique plus large – celui des nations en devenir. Il existe toutefois une confusion entre les acteurs, les motivations politiques et les formes de guerres qui s’ensuivent. Ainsi, les guerres dites irrégulières sont d’abord une opposition entre des institutions militaires ou militarisées – étatique le plus souvent – et une insurrection, une rébellion, un soulèvement aux formes politiques plus floues, conduites par des acteurs qui aspirent à une reconnaissance et peuvent parfois être qualifiés de « proto-étatiques ». Cela influence les tactiques de cet affrontement, souvent fait de terrorisme, de modes d’action dégradés qui contournent les règles conventionnelles pour garantir un rapport de force plus favorable.

    Sur les guerres irrégulières, la bibliographie a connu une inflation liée aux conflits d’Irak et d’Afghanistan, remettant en lumière les guerres d’Indochine, d’Algérie et du Vietnam. On citera donc les articles ou les ouvrages qui sont les plus immédiatement utiles à la compréhension de ces phénomènes :

    Sur le cas de la 3e guerre d’Irak (2003) – la première étant le conflit Iran-Irak achevé en 1988 et la seconde est la 1ère Guerre du Golfe (1990-1991) -, l’ouvrage de référence est Michel Goya, Les Armées du Chaos, Paris, Economica, 2009.

    D’autres analyses méritent le détour :

    Sur Al Qaida, et sur les questions d’islamisme radical :

    Sur le passage d’Al Qaida à Daesh :

    Sur l’internationalisation de ces mouvements terroristes :

    Sur la façon de lutter contre ces organisations :

    Engagée dans cette lutte depuis septembre 2014, la France, deuxième contributeur aérien, est un acteur essentiel : les aviateurs français combattent tous les jours en montrant leur savoir-faire sur un théâtre particulièrement complexe face à un ennemi puissant, résilient et difficile à combattre où l’arme aérienne joue un rôle primordial.

    Pour aller plus loin

    • « 1er  septembre 1965, L’Inde et le Pakistan entrent en guerre et utilisent l’arme aérienne à grande échelle », Chroniques du CERPA

    Le 5 août 1965, un nouveau conflit éclate à la frontière des deux pays, dans la région du Ranm de Kutch, à l’initiative du Pakistan qui déclenche l’opération Gibraltar. Les Pakistanais souhaitent en effet profiter de l’affaiblissement militaire de l’Inde, qui vient d’être vaincue par la Chine.

    • « Juin 1967 : la guerre éclair dans les airs », Carnets du Temps 133, p.72

    Le bombardement de la Libye par l’aviation américaine le 15 avril 1986 est l’exemple type d’une opération de coercition aérienne. Il constitue l’acmé d’une crise diplomatique qui prend naissance après l’arrivée du colonel Kadhafi en 1969.

    • « L’opération El Dorado Canyon, une opération de coercition aérienne », Carnets du Temps 133, p.78

    Durant la guerre des Six Jours (5 au 10 juin 1967), qui oppose la Syrie et l’Egypte à Israël, la Heyl Ha’Avir, l’armée de l’air israélienne, joue un rôle primordial. Elle assure en effet la maîtrise totale de l’air, permettant ainsi aux troupes au sol de conquérir de nombreux territoires. 

    • Note du CERPA n°93 : « Mutation des OPEX pour le Royaume-Uni », 2016

    À la suite d’un engagement coûteux économiquement et humainement en Afghanistan et en Irak, le Royaume-Uni a revu sa politique expéditionnaire. Il s’agit pour Londres de diminuer les effectifs en opérations permanentes tout en développant des capacités de déploiements plus rapides.

     

    L’armée française, la protection du territoire et les opérations militaires

    • « La protection du territoire national », in Air Actualités, 726, nov.2019, p.38-49

    L’engagement des aviateurs se fait sur l’intégralité du territoire national pour garantir la protection des Français. L’armée de l’air assure en permanence ses missions avec expertise et réactivité.

    • Benoît d’Aboville, « La sécurité aérienne du territoire à l’horizon 2030 », Cahier de la Revue de Défense Nationale 2019, p. 171-180.

    La croissance du trafic aérien et la multiplication des menaces aériennes remettent en question la gestion du ciel. Si la sécurité est assurée par les armées de l’air nationales, la gestion commune des espaces aériens européens est appelée à devenir un enjeu financier et de souveraineté majeur.

    • « Base aérienne 186, outil de combat dans le Pacifique Sud », in Air Actualités, 713, juillet 2018, p.38-49

    La BA 186 de Nouméa est située à 17 000 km de la métropole. Cette base opérationnelle et autonome constitue un outil précieux dans le Pacifique.

    Une opération, Barkhane

    Le ministère des Armées publie régulièrement des dossiers de presse et des cartes sur l’opération

    • « Barkhane, un défi de taille », in Air Actualités, n°690, avril 2016, pp. 18-25.

    Présentation des défis logistiques des aviateurs de cette opération : installation de la base tout en assurant les missions militaires.

    • Stéphane Mille, « L’action aérienne dans la Bande sahélo-saharienne », Cahier de la Revue de Défense Nationale 2017, pp. 27-31

    De par ses caractéristiques, l’opération Barkhane met en lumière les qualités de l’arme aérienne et l’importance de son action. Sans elle, l’opération ne pourrait ni s’envisager ni se poursuivre, d’où la nécessité de continuer les investissements en faveur de la composante aérienne.

    • Marc Henry, « Opérer et se préparer en multinational », Cahier de la Revue de Défense Nationale 2017, pp. 69-76

    En dehors du territoire national, l’Armée de l’air française est désormais systématiquement engagée en multinational. De par la qualité de ses aviateurs, de ses matériels aériens et des succès dans les opérations récentes, elle suscite un intérêt grandissant avec une augmentation des demandes de coopération. L’enjeu est bien d’opérer et de se préparer en multinational afin de remplir ses missions.

    La dissuasion, toujours au cœur de la défense

    Le Président de la République a donné en février 2020 sa vision de la dissuasion nucléaire, un exercice auquel tous les présidents de la 5e République se livrent.

    • Olivier Zajec, « Le paysage nucléaire à l’horizon 2030 : la place de l’armée de l’air », Cahier de la Revue de Défense Nationale 2017, pp. 82-86

    Les ruptures technologiques attendues, le déploiement d’un nouveau système de systèmes de combat aérien mixant vecteurs pilotés et pilotés à distance, et d’autres évolutions auront des conséquences sur l’avenir des forces aériennes stratégiques. Elles devront faire évoluer les concepts et les doctrines avec une remontée en puissance du format de l’aviation de combat.