Lettre d'information

Chapitre : Usages sociaux et politiques du patrimoine

Les Armées ont investi depuis plusieurs années le champ du patrimoine, tirant profit de la richesse du patrimoine militaire. Rassemblant à la fois des sites, des monuments, des musées et des collections, ce patrimoine appartient à l’histoire militaire au sens large – illustrant les liens qui unissent l’armée et la nation. Mais ce même patrimoine joue un rôle fédérateur qui génère de l’identité, agissant, au sein des unités (états-majors, écoles, régiments…) comme un liant créant de la cohésion et servant à la formation civique et morale.

 

Un site symbolique, Les Invalides : la gloire, le deuil, la mémoire

Au cœur de Paris, abritant le musée de l’Armée, l’hôtel des Invalides perpétue en même temps sa fonction première, l’accueil des soldats blessés.

Il s’agit donc de comprendre le lieu au travers différentes clés de lecture et de compréhension, qui renvoient à la fois à la genèse de l’établissement, à ses fonctions anciennes et actuelles, comme à sa transformation en ensemble muséal renfermant le tombeau de Napoléon Ier.

  • Boris Bouget, Les Invalides. Le musée de l’Armée. Le tombeau de Napoléon, Artlys/musée de l’Armée, 2014
  • Alexandre Gady (dir.), L’Hôtel des Invalides, Paris, éditions de l’Esplanade / ministère de la Défense / musée de l’Armée, 2015
  • Alexandre Gady, Sylvie Le Ray-Burimi, Boris Bouget, François Lagrange (dir.), Saint-Louis des Invalides. La cathédrale des armées françaises, la Nuée bleue / musée de l’Armée, 2018
  • François Lagrange, Jean-Pierre Reverseau, Les Invalides. L’État, la guerre, la mémoire, Gallimard (Découvertes), 2007
  • Grégoire Thonnat, Les Invalides. Questions-réponses sur l’Hôtel national des Invalides, éditions Pierre de Taillac/musée de l’Armée (Le Petit Quizz), 2020

Il est aussi possible de jeter un regard plus approfondi sur la modernisation du musée de l'Armée, et les actions patrimoniales particulières qui s’y manifestent. Il en va ainsi des peintures murales de Joseph Parrocel.

 

 

Un drapeau militaire,

objet de rapprochement entre la France et le Sénégal

Le Sénégal et la France ont une longue histoire militaire commune. En 1857 en effet, le général Faidherbe est à l'origine de la création du corps des Tirailleurs sénégalais. Incorporés comme soldats réguliers, recrutés dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne française, ces tirailleurs contribuent à la mise en place et à la garde de l'Empire colonial. Mais aussi à la défense de la Métropole lors des deux conflits mondiaux notamment. Le 1er régiment de Tirailleurs sénégalais (RTS), créée en 1884, est devenu une unité d’élite. En témoigne son drapeau, que le 1er RTS reçoit en 1905, et qui porte sur sa hampe la Légion d'honneur, attribuée en 1913, ainsi que l’inscription des batailles ou campagnes où il s’est illustré.

En 1958, les territoires d’outre-mer sont de plus en plus autonomes. Des gouvernements y sont formés depuis 1956. Et des unités coloniales sont dissoutes, dont le 1er RTS. Mais la mémoire des combats partagés demeure aussi bien au Sénégal qu’en France. Jusqu’en 1974, la relique de son drapeau est conservée par un régiment stationnant à Dakar, le 1er RIAOM. Ce dernier est dissous à son tour, et la relique est transférée au musée des Troupes de Marine à Fréjus. En 1999, le musée des Forces armées à Dakar demande et obtient qu’une copie lui soit remise. La boucle de circulation mémorielle est bouclée en 2006, moment où le président sénégalais Abdoulaye Wade finance une copie de ce drapeau qu’il offre à une unité de l’armée française, le 21e régiment d’infanterie de marine (RIMa). 

Références essentielles :

Pour approfondir :

  • Benoit Beucher, « L’armée de Terre française et les cheminements de la mémoire de ses combattants venus des colonies », in Jeanne-Marie Amat-Roze, Christian Benoît (éd.), La Grande Guerre et l’outre-mer français. 1914-2018, un siècle de mémoire, Paris, DACRES, 2020
  • Éric Deroo, Antoine Champeaux, La Force Noire : gloire et infortune d’une légende coloniale, Paris, Tallandier, 2006

 

Des militaires au service de la préservation du patrimoine

Fait peu connu, l’armée de Terre est un acteur culturel de premier plan, particulièrement dans le domaine patrimonial. Précisément, la Délégation au Patrimoine de l’armée de Terre (DELPAT), située à l’Hôtel national des Invalides (Paris), et commandée par un général de brigade, exerce sa tutelle sur 16 musées de l’armée de Terre, dont 3 disposent du label « musée de France ». Elle gère également le parcours professionnel des officiers conservateurs du patrimoine dont une partie est titulaire d'un diplôme de l’École du Louvre, voire également de l’Institut national du Patrimoine (INP).

Le champ d’activité des officiers conservateurs déborde les frontières nationales. Depuis peu, certains, qui font en quelque sorte office de Monuments Men, sont déployés à l’étranger afin d'œuvrer à la préservation du patrimoine menacé par des conflits, ou à valoriser celui de pays « amis ». Ceci n’est pas complètement nouveau. Sans remonter à une période très reculée, songeons au capitaine Rose Valland (1ère armée française), une résistante intégrée au sein des Monuments Men, qui a contribué à identifier les œuvres d’arts pillées par l'Allemagne nazie en Europe en vue de leur restitution.

Deux liens retracent le parcours d’officiers projetés en opération extérieure et mettant en œuvre ce savoir-faire : l’un envoyé au Mali dans le contexte de l’opération Barkhane, l’autre en République centrafricaine :