Philippe Kieffer

1899-1962
Portrait du commandant Kieffer. ©Chancellerie de l'Ordre de la Libération

 

(24 octobre 1899 : Port-au-Prince, Haïti - 20 novembre 1962 : Cormeilles-en-Parisis, Val-d'Oise)

 

Alsacien par son père instituteur, dont la famille avait fui Otterswiller pour la Jamaïque à la suite de l'annexion allemande de 1870, et britannique par sa mère, rien, si ce n'est un atavisme proprement rhénan à verser son sang pour la Patrie, ne prédispose Philippe Kieffer à exercer le métier des armes, tout juste a-t-il suivi les cours des élèves officiers de réserve en 1918. Diplômé de l'École des Hautes Études commerciales, il mène jusqu'à quarante ans une carrière de banquier en Amérique du Nord.

Il se porte cependant volontaire en qualité d'officier de réserve au début de la Seconde Guerre mondiale. Sous-lieutenant dans la marine le 10 septembre 1939 après une première affectation dans l'armée de terre, il exerce les fonctions d'interprète à bord du cuirassé Courbet. A Dunkerque, affecté à l'état-major de l'amiral Nord, il assiste au déferlement de la Wehrmacht au mois de mai 1940, et décide de rallier le Général de Gaulle à Londres dès le 19 juin.

Il rejoint les rangs des Forces Navales Françaises Libres, le jour même de leur création, le 1e juillet 1940. Officier interprète et du chiffre, il comprend l'intérêt des troupes de commandos anglaises et met sur pieds à Portsmouth une unité française de Fusiliers-Marins en mai 1941 : la 1re compagnie du bataillon de fusiliers-marins commandos (1ere BFMC). Formées au centre d'entraînement des commandos à Achnacarry, la vingtaine de volontaires ne tarde pas à participer aux opérations de la 2e unité de Commando britannique : promu lieutenant de vaisseau le 1er juillet 1942, Kieffer conduit ses hommes sur Dieppe dès le 19 août 1942. Le BFM, augmenté d'une compagnie, prend part à des raids préparatoires en Normandie en vue du débarquement en 1943, pour mieux se couvrir de gloire l'année suivante au sein du renommé 4e commando britannique du lieutenant-colonel Dawson de la 1re Brigade du général Lord Lovat.

Le 6 juin, ses Bérets verts débarquent sur la plage "Sword" à Ouistreham, font une percée à Colleville, Saint-Aubin-d'Arquenay, Amfreville et Bavant pour faire la jonction à Benouville (Pegasus Bridge) avec les troupes aéroportées anglaises. Blessé au début de l'assaut, le capitaine de corvette reste avec ses compagnons d'armes pendant encore deux jours avant d'être évacué, et retrouve son unité le 13 juillet au moment de l'avancée sur Honfleur.

De Normandie, il fonce sur Paris, avec deux de ses hommes, afin d'être le premier à y entrer. En octobre 1944, son bataillon, augmenté d'une compagnie, est envoyé aux Pays-Bas pour un assaut sur l'île de Walcheren. Ses fusiliers-marins s'emparent de Flessinge, clef du port d'Anvers, et poursuit la libération des îles hollandaises au cours d'opérations concertées avec les commandos britanniques.

À la fin de la guerre, il participe à état-major interallié avant de quitter l'active pour travailler à la reconstruction du pays au sein de l'Assemblée consultative de 1945 et de s'investir dans la vie locale avec ses mandats de conseiller général du Calvados (septembre 1945 - juin 1946) et de conseiller municipal de Grandcamp-les-Bains. Il publie un livre de souvenirs, Béret vert, en 1948, et est nommé capitaine de frégate six ans plus tard, en 1954. Conseiller sur le film le Jour le plus long, en 1962, il décède le 20 novembre de cette même année. Il repose au cimetière de Grandcamp-les-Bains.

En hommage à ce serviteur de la France, le 6e Bataillon de Commandos, créé à compter du 6 juin 2008, porte le nom de Commando Marine "Kieffer". Implantée à Lorient, cette formation spécialisée dans les nouvelles technologies est un élément de force maritime de la force des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO).

 

Source : Mindef/SGA/DMPA