De Gaulle et l’Algérie

Chapeau

Marie-France Montel, responsable pédagogique au sein de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD), commente la démarche pédagogique et les ressources utilisées dans les parcours proposés aux scolaires sur "de Gaulle et l’Algérie".

Élèves de terminale en atelier
Texte

L’histoire du rôle de De Gaulle dans la guerre d’Algérie a-t-elle une place particulière dans les programmes scolaires ?

La thématique qui réunit de Gaulle et l’Algérie permet de nourrir la réflexion que les professeurs d’histoire-géographie mènent avec leurs élèves sur des thématiques citoyennes majeures : guerre et valeurs républicaines, place de la France dans le monde, équilibre des pouvoirs et communication politique. Quelle que soit l’articulation des programmes, en cours de réécriture, cette question reste centrale.

Deux parcours pédagogiques sont proposés par l’ECPAD : le premier couvre les années 1958-1962 et présente les temps majeurs de la fin de la guerre, l’ensemble des difficultés rencontrées pour en sortir, et intègre le retour des Français d’Algérie dans l’Hexagone. Le second met l’accent sur la concurrence, pendant le conflit algérien, entre pouvoir militaire et pouvoir politique, et resserre son étude sur la période qui court de mai 1958 à avril 1961, des émeutes d’Alger au putsch des généraux. Il permet de comprendre la nature particulière de la crise que traverse alors la République française et le rôle essentiel du général de Gaulle, qui doit jouer de ses deux légitimités, politique et militaire, pour trouver une issue. Les enjeux de la Constitution de 1958 sont alors éclairés.

Les discours majeurs du Général, qui scandent, dès son retour au pouvoir, la chronologie de la guerre, sont au cœur de ces deux parcours. Les extraits de films proviennent des fonds de l’ECPAD et de l’INA-Jalons. L’analyse des images et des médias est plus poussée dans le deuxième parcours. Les documents de sources différentes (Service cinématographique aux armées (SCA) d’Alger pour l’ECPAD, Actualités de la Radio et Télévision française pour l’INA) permettent de confronter communication militaire et communication politique. On compare les cadrages, le montage, la place accordée à la parole directe du Général ou à celle du commentateur. L’art oratoire du général de Gaulle est aussi décrypté (tempo de la parole, lexique utilisé, posture et contrôle du geste). Ce travail donne ainsi des clefs de compréhension sur la période étudiée, et des réflexes méthodologiques pour l’analyse de tout discours politique.

Quelle démarche pédagogique accompagne ces ateliers ?

Les ressorts et les enjeux de ces études sont expliqués en classe et permettent de souligner les repères chronologiques majeurs. La complexité de la question, qui voit l’imbrication de la guerre d’Algérie et la disparition de la IVe République, mérite de multiplier les angles d’approche.

La réalisation d’une frise chronologique qui associe les principaux événements algériens, les grandes consultations du corps électoral et les évolutions constitutionnelles françaises est nécessaire pour faciliter l’assimilation des connaissances. On peut aussi construire sa séquence en s’appuyant sur les cours d’enseignement moral et civique (EMC) et les heures d’accompagnement personnalisé (AP). Les effectifs réduits d’élèves permettent alors d’organiser des activités différentes, notamment pour l’analyse des images. On fait la liste des plans qui se succèdent dans les reportages, en précisant la durée de ces plans. Puis on demande aux élèves d’expliquer l’objectif politique de chaque plan et de proposer, de façon argumentée, un montage différent.

Quelles ressources de l’ECPAD sont exploitées dans le cadre de ces ateliers ?

Les fonds de l’ECPAD pour la guerre d’Algérie, d’abord constitués par la production de la section d’Alger du SCA, offrent des ressources nombreuses (plus de 160 000 photographies et 1 200 titres de film). Les références SCA (reportages cinématographiques montés) sont souvent doublées par les références ACT (épreuves de tournage, ou rushes), qui permettent de travailler sur le rôle de la censure pendant la guerre. À ces fonds organiques s’ajoutent des fonds privés qui offrent un autre regard sur les événements : les images filmées par le lieutenant-colonel René Caron, de passage à Alger en mai 1958, complètent notre vision de la crise.


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