Lettre d'information

Jean-François Hummel

Chapeau

Le 17 janvier 1991, en pleine guerre du Golfe, 12 avions Jaguar français attaquent la base stratégique irakienne d’Al Jaber (Koweït). L’opération "Tempête du désert" est lancée. Capitaine au sein de la 11e escadre de chasse, Jean-François Hummel était l’un des pilotes.

Jean-François Hummel. © Jean-François Hummel
Texte

 

Quand et dans quelles circonstances avez-vous pris part à l’opération Daguet ?

J’étais pilote de combat sur Jaguar à la base aérienne de Toul lorsque l’armée de l’air a été projetée sur le territoire saoudien au mois de septembre 1990. L’Irak avait envahi le Koweït le 2 août 1990 et la France a fait partie de la coalition internationale dès le début du conflit. Petit à petit, les Jaguar sont arrivés afin de constituer une véritable base aérienne opérationnelle à Al-Asad. J’ai rejoint le territoire le 1er janvier 1991. L’ultimatum de la coalition vis-à-vis de l’Irak ayant été fixé au 15 janvier 1991, il était évident que l’escadre ferait partie des opérations militaires, si elles devaient avoir lieu.

En quoi ont consisté vos premiers jours sur place ?

Nous avons peu à peu pris nos marques et commencé à élaborer des procédures pour nous entraîner. À partir du 5 janvier, nous volions quasiment 1 jour sur 2. Nous avons dû nous familiariser avec un théâtre d’opération que nous ne connaissions pas, puisque nous étions habitués aux vols en centre Europe notamment. Dès le premier jour de la guerre, il y a eu près de 2 500 mouvements d’avions de combat dans un territoire somme toute assez restreint. Il ne fallait avoir aucun doute sur l’identification des amis et celles des ennemis.

Le 17 janvier 1991 marque le début de l’offensive, à laquelle vous prenez tout de suite part…

Nous avons décollé d’Al-Asad vers 7 h 30 pour rejoindre la zone des combats. Les Irakiens avaient creusé de profondes tranchées, les avaient inondées de pétrole et enflammées. La visibilité était très faible. L’attaque de l’objectif, à savoir la base d’Al Jaber, était prévue en deux vagues. La deuxième patrouille de six Jaguar, dans laquelle je me trouvais, s’est rapidement rendu compte que l’objectif assigné ne pourrait être traité. Nous nous sommes alors tournés vers des objectifs d’opportunité. J'avais aperçu dans le désert des traces de chenilles de véhicules lourds. En les suivant, j’ai vu un convoi lourdement armé et ai décidé de lâcher mon armement sur celui-ci. J’avais été obligé de monter en altitude en amont parce que les bombes freinées, qui étaient sous l’avion, nécessitent d’être tirées à une certaine hauteur. C’est en redescendant vers le sol que j’ai été touché par un missile. Sous l’impact, l’avion a explosé sur son côté droit et a fortement basculé. L’aile a failli toucher le sol, ce qui aurait fait se désintégrer l’appareil. J’ai pu le remettre en ligne de vol, mais j'ai vu qu’il avait perdu son moteur droit et que le second moteur était en train de brûler. J’ai réussi à piloter l’avion pendant 45 minutes pour le ramener en territoire saoudien, avec la piste de la Navy américaine de Dubaï comme terrain de déroutement.

30 ans après cet épisode, le 17 janvier 2021, votre avion a intégré les collections du musée de l’Air et de l’Espace. Qu'est-ce que cela représente ?

L’avion qui est aujourd’hui exposé au musée de l’Air et de l’Espace incarne à lui seul une mémoire collective et illustre le travail des Français qui ont participé à ce conflit hautement aéronautique, qu’ils soient mécaniciens, hommes de troupe, cuisiniers, contrôleurs aériens, etc. Tous ont permis au détachement d’être opérationnel dès le premier jour de la guerre mais également pendant toutes les missions. Ensuite, cet avion, dans sa capacité à ramener son pilote et à pouvoir témoigner de l’intensité des combats, a donné confiance à ceux qui devaient repartir dès le lendemain. Il faut avoir en tête que l’objectif politique est un impératif à assumer. On y parvient grâce à l’entraînement mais aussi au matériel qui, comme le prouve cet avion, a su aller au bout de ce qui lui était demandé. Finalement, cette présence au musée de l’Air et de l’Espace représente un vrai savoir-faire aéronautique et opérationnel.


Auteur
La rédaction

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