Lettre d'information

Sac à pain brodé par Geneviève de Gaulle lors de sa détention à la prison du camp de concentration de Ravensbrück

Sac à pain brodé par Geneviève de Gaulle lors de sa détention à la prison (Zellenbau) du camp de concentration de Ravensbrück, représentant les étapes de son parcours depuis son arrestation, automne 1944
© Archives nationales/fonds Geneviève de Gaulle-Anthonioz, 761AP29 (dépôt au Musée de la Résistance nationale)

 

Geneviève de Gaulle est déportée, le 31 janvier 1944, au camp de Ravensbrück. Elle est dorénavant le matricule 27372.

D’abord une détenue comme une autre, elle demeure la nièce du général de Gaulle. Ainsi, le 28 octobre 1944, sur ordre du Reichsführer-SS Himmler, pouvant servir de monnaie d’échange, elle est placée à l’isolement dans le Bunker, la prison du camp de Ravensbrück.

Avant d’y être conduite, elle peut prendre avec elle les quelques effets personnels qu’elle a en sa possession, notamment son sac à pain et son porte-aiguilles, qu’elle parvient à dissimuler à la vigilance de ses gardiens. Ce sac à pain en tissu est essentiel pour conserver un contenu particulièrement précieux pour des femmes sous-alimentées. C’est également un objet personnel, le signe que l’on existe encore en tant qu’individu capable d’avoir quelque chose à soi, quand tout a été pris à l’arrivée au camp.

Geneviève de Gaulle l’a brodé en représentant son parcours depuis son arrestation, le 30 juillet 1943, jusqu’à son internement au « Zellenbau », au bloc cellulaire. Chaque date marquante est brodée avec un fil rouge. Chaque étape est évoquée par un trait et un nom brodés avec un fil noir: « Prison de Fresnes », « Stalag Compiègne » [camp de Royallieu], » FKL [Frauenkonzentrationslager, camp de concentration pour femmes] Ravensbrück ». La dureté et l’insalubrité du convoi de déportation sont évoquées avec pudeur par la simple mention du « Wagon-Tinette ».

Le parcours de Geneviève de Gaulle s’arrête avec l’enfermement dans le Bunker, où elle est isolée de ses camarades pendant presque deux mois. Pour Noël 1944, ses camarades parviennent à lui faire passer par l’intermédiaire de sa gardienne, une femme âgée détenue parce que témoin de Jéhovah avec laquelle elle a pu nouer une relation de confiance, quelques cadeaux dissimulés dans un carton : une petite branche de sapin, un chant français de Noël, une pomme rouge et brillante, un minuscule morceau de lard, deux sucres, une poupée avec une jupe rose et un fichu de dentelle, des cheveux blancs bouclés. « Leur amitié a réalisé ce prodigue de m’atteindre dans ma solitude et mon désespoir. Enfin, tout au fond du carton, est pliée une sorte d’étole beige en laine légère dont je m’entoure aussitôt comme de leur douce et chaude tendresse. […] Je ne suis plus seule […]. Mes camarades m’ont rappelé cette chaîne de la fraternité qui nous unit les unes aux autres » (La Traversée de la nuit, Le Seuil, 1998, page 31).

Le sac à pain de Geneviève de Gaulle témoigne de cette capacité à ne pas renoncer, à ne pas céder face à la répression et à l’idéologie nazie. Il reste encore de la place sur le tissu pour une suite, un après. Si le camp de Ravensbrück ne permet pas d’envisager l’avenir sans appréhension, il reste l’espérance, qui commence avec la certitude que l’on n’est pas oublié.

Geneviève de Gaulle sort du Bunker le 28 février 1945 pour être transférée par étapes jusqu’au camp de Liebenau, près de la frontière suisse, où un délégué de la Croix-Rouge parvient à obtenir sa libération. Le 20 avril, elle peut rejoindre la Suisse, où son père, en mission dans le pays, l’attend.

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