Le fort de Souville

Le capitaine Gustave de la Taille, constructeur de ce fort, lui donne le nom d'un village du Loiret dénommé Souville ...

 

 

L'heure suprême devant Verdun

 

A la suite de leurs attaques massives en 1916, du 21 février, du 10 avril et du 25 mai, les Allemands occupent sur la rive droite de la Meuse les hauteurs de la côte du Poivre et des Chambrettes ainsi que le fort de Douaumont, observatoire particulièrement important qui est devenu un maillon essentiel de la filière logistique ennemie.

 

Le 7 juin, l'ennemi est venu à bout des derniers défenseurs du fort de Vaux et ses premières lignes atteignent les pentes Est de la grande crête jalonnée par l'ouvrage de Thiaumont, les ruines du village de Fleury et le fort de Souville. Si les Allemands réussissent à occuper cette crête, leur artillerie serait en mesure de battre, à moins de 5000 mètres et à vue directe, Verdun et les débouchés des ponts sur la Meuse, mettant ainsi en danger toute l'organisation française. Dans le cas contraire, si cette crête reste française, non seulement la défense sur la rive droite, comme l'a ordonné le général en chef Joffre, demeure réalisable, mais c'est aussi la possibilité de contre-attaquer et de reprendre les forts du Vaux et de Douaumont.

 

  • Abri caverne de Souville

    Abri caverne de Souville. Photo de JP le Padellec

  • Central téléphonique

    Central téléphonique. Source : Conseil Général de la Meuse

  • Casemate Pamart

    Casemate Pamart. Photo JP le Padellec

  • Souville - orientation

    Souville - orientation

 

 

Alors que l'ennemi se rue avec un acharnement extraordinaire pour s'emparer de la crête Thiaumont -Fleury - Souville, la période de juin à septembre constitue bien "l'heure suprême à Verdun", un drame terrible où l'épopée du fort de Souville, bien que partiellement en ruines, sauve la situation à trois reprises. Le 23 juin, au début de la violente offensive allemande, Souville domine et flanque toute la zone d'attaque, tandis que l'artillerie française utilise cet observatoire pour accabler de projectiles l'infanterie ennemie dont l'avance est bloquée.

 

Le 11 juillet, la ruée allemande déferle sur Souville dès le point du jour. Renouvelée le 12, elle atteint les abords du fort. Grâce à l'appui de l'artillerie et aux contre-attaques des 7e Régiment d'Infanterie et 25e Bataillon de Chasseurs à Pied, les quelques éléments ennemis parvenus sur les structures du fort sont faits prisonniers. Souville échappe aux Allemands. Sur les deux crêtes parallèles de Froideterre et Souville, dans le sens des attaques ennemies, les ouvrages de Thiaumont et de Froideterre d'une part, les forts de Vaux et de Souville d'autre part, ont joué un rôle de premier plan. Thiaumont pris, c'est sur Froideterre qu'est venu mourir le 23 juin l'effort de l'ennemi.

 

Le fort de Vaux aux mains des Allemands le 7 juin, c'est encore Souville qui sauve la situation les 11 et 12 juillet. Fleury pris, les Allemands peuvent s'engouffrer dans les ravins de la Poudrière, mais les crêtes de Froideterre et Souville restant françaises, il leur est impossible de prolonger plus avant leur succès : ils sont trop menacés sur leurs flancs.

Cette lutte de plusieurs mois pour la conquête Souville - Fleury -Thiaumont met en évidence l'importance de la fortification permanente dans la bataille de Verdun. Et c'est grâce à la ténacité extraordinaire du poilu de Verdun jointe à l'énergie du haut commandement, que cette bataille a été gagnée et Verdun sauvé.

Depuis le 21 juin, il a subi des bombardements journaliers dont les dégâts amputent sérieusement ses possibilités de défenses.

 


Le massif fortifié de Souville, un système de défense complet

 

Le capitaine Gustave de la Taille, officier du génie constructeur de ce fort, lui donne le nom d'un village du Loiret dénommé Souville où repose depuis 1319 son ancêtre Bertrand de la Taille, écuyer du Seigneur de Souville.

 

Ce massif comprend en 1916 :

Le fort de Souville : situé, à la cote 388 (altitude identique à celle du fort de Douaumont), il est construit de 1875 à 1879 en moellons de calcaire recouverts de 3 à 5 mètres de terre. Les fossés qui l'entourent ont des escarpes et contrescarpes maçonnées dont le flanquement est obtenu au moyen de caponnières armées de canons-revolvers et de canons de 12 à culasse. L'ensemble est entouré d'un réseau de fils de fer porté à 30 mètres d'épaisseur en 1889. C'est un fort de la "première génération" de la ceinture Séré de Rivières, du même type que ceux de Belleville, de Saint Michel, de Tavannes. Il est renforcé à partir de 1888 de 2,5 mètres de béton sur le magasin à poudre avec interposition d'une couche de sable de 1 mètre d'épaisseur. On maçonne les galeries de communication à l'intérieur et on établit 6 abris de 18 mètres sur 5, protégés par une couche de 8 mètres de blocs de roc et de marne compacte mélangée à de la pierraille.

 

Le fort dispose d'un central téléphonique de secteur, de deux circuits souterrains sous plomb le reliant au fort de Douaumont et à l'ouvrage de Thiaumont, plus des réseaux aériens vers d'autres forts et le central de la citadelle de Verdun.

 

Avant le début du conflit, des liaisons sont prévues avec la place forte de Longwy, à plus de 35 km à vol d'oiseau, au moyen d'un système lumineux utilisable par temps clair.
Une garnison organique : 2 compagnies d'infanterie, 2 sections d'artilleurs, les servants de 16 mitrailleuses en renfort et des personnels de divers services indispensables à la vie du fort.

L'accès en temps de paix se fait par un chemin empierré, "le chemin de Souville", toujours en service. Il aboutit au pont-levis de l'entrée de guerre. Celle-ci est constituée d'un abri-caverne pour 300 hommes assis. Depuis le sentier de découverte on aperçoit des boyaux, sinueux comme il se doit pour éviter les tirs d'enfilade. Une tourelle système Bussière à éclipse pour deux canons de 155 mm, construite en 1890-1891 à 150 mètres à l'Ouest du fort. Si cette tourelle tire environ 600 obus du 24 février au 6 mars 1916, l'éclatement d'un des deux tubes le 10 avril 1916, l'oblige à s'éclipser. Elle ne sera remise en état qu'en mars 1917 avec une seule pièce actionnée par un moteur électrique de 12 CV, en remplacement de la machine à vapeur d'origine.

Dès lors la tourelle est reliée au fort et à une sortie de secours par un réseau de galeries long de 140 mètres et à l'épreuve des bombardements. Une batterie de forteresse terrassée de 155 de Bange est construite en 1882 avec niches à munitions en maçonnerie ordinaire de 0,50 mètre d'épaisseur. Les ouvertures des niches sont tournées vers l'Ouest, à 100 mètres environ de la tourelle Bussière. Les vestiges encore visibles de la batterie sont signalés sur le sentier de découverte du massif, au départ du Mémorial.

 


Un réseau de communication par boyaux (encore visible sur l'ensemble du massif fortifié) qui assure les relèves des combattants, les évacuations des blessés, l'acheminement des ravitaillements, des munitions et des matériels. Ce réseau part des casernes Marceau (une des entrée du champ de bataille) en direction de Souville d'une part et du village de Fleury d'autre part, puis il se dirige vers l'étang et le village de Vaux (boyau des Carrières), la Vaux Régnier, le bois Fumin et le fort de Vaux.

Il assure enfin les liaisons internes au sein du massif entre le fort, la tourelle de 155, la batterie de forteresse, en l'absence de galeries souterraines. En mai et juin 1916, les bombardements par obus de 380 mm (750 kg) et 420 mm (1 000 kg) ruinent la totalité des locaux maçonnés en moellons, les caponnières, le réseau de barbelés et détruisent les cinq canons sur affûts de 90 mm et deux mortiers de 15 mm. De ce fait, les défenseurs et les observateurs doivent occuper les trous d'obus, sans aucune protection.

 

Dès la fin de la bataille de Verdun des travaux importants sont entrepris pour remettre en état le massif fortifié de Souville : puits d'un débit de 1 500 litres par jour, abris sous roc reliés par galeries avec 10 à 15 mètres de protection de marne compacte, tunnel de 140 mètres reliant le fort à la tourelle de 155 remise en service, avec un moteur électrique de 12 CV pour remplacer le système à vapeur trop lent et trop compliqué, sortie de secours pour la tourelle de 155 complétée par un observatoire bétonné de type Digoin. Le tout est entouré d'un réseau de barbelés de 20 à 30 mètres d'épaisseur.

 

En 1917, trois casemates Pamart pesant 2,5 tonnes pour un blindage de 14 cm sont installées sur les pentes du fort pour sa défense rapprochée. Ces tourelles fixes ne peuvent s'éclipser et chacune d'elles est dotée de deux mitrailleuses sur affût. De par leur conception, elles ont un champ de tir (160 degrés) inférieur à celui de la tourelle de mitrailleuses modèle 1900 (360 degrés). Leurs dimensions et leur poids plus modestes les rendent en revanche plus faciles à construire et à mettre en place par les moyens de campagne sur le terrain particulièrement bouleversé de la bataille de Verdun. Elles sont également plus fiables que la tourelle à éclipse qui reste souvent bloquée par des gravats projetés lors des explosions d'obus.

 

 

1917 : Renforcer la puissance des forts

 

Mises au point au cours de la guerre par le commandant Pamart en service au fort de Génicourt, ces casemates pour mitrailleuses furent construites et implantées en pleine guerre à partir de 1917 pour renforcer la puissance de feu d'un certain nombre de forts et assurer leur défense rapprochée. En 1917, trois casemates de ce type sont installées sur les pentes du fort de Souville pour la défense rapprochée sur les glacis. elles pèsent chacune 2,5 tonnes pour un blindage de 14 centimètres. Chacune d'elles est dotée de deux mitrailleuses sur affût avec un champ de tir (160 degrés) inférieur à celui de la tourelle de mitrailleuses modèle 1900 (360 degrés) dont deux sont visibles sur l'ouvrage de Froideterre.

 

La casemate Pamart est non éclipsable, mais ses dimensions et son poids la rendent en revanche plus facile à construire et à mettre en place par les moyens de campagne dans le terrain bouleversé de la bataille de Verdun. Elle est aussi plus fiable que tourelle à éclipse, souvent bloquée par des gravats projetés lors des explosions d'obus. La casemate Pamart comporte deux créneaux au ras du sol ou presque, pouvant être obturés par des tampons métalliques.

A l'intérieur, deux mitrailleuses Hotchkiss superposées tirent alternativement. L'une est engagée dans un des deux créneaux lors du tir, tandis que l'autre est en attente au-dessous. Par simple rotation, le tireur fait permuter les armes successivement. Le canon de la mitrailleuse en cours de tir fait saillie de 30 centimètres du créneau. Un ventilateur maintient un air respirable à l'intérieur de la casemate en refoulant à l'extérieur les gaz de combustion. Certaines casemates comportent deux orifices en toiture, avec obturateurs, pour la mise en oeuvre d'un périscope d'observation.

 


Renseignements pratiques :

Office de tourisme de Verdun
1 bis Avenue du Général Mangin
Pavillon Japiot
55100 VERDUN
Tél : 03 29 84 55 55
Fax : 03 29 84 85 80
 
 
 

Quizz : Forts et citadelles

 

 

Source : Conseil Général de la Meuse