30e anniversaire des trinômes académiques

Chapeau

Les défis que rencontrent actuellement le monde de la défense et celui de l’éducation nationale, comme les interrogations et doutes qui animent la jeunesse française, témoignent de la raison d’être, aujourd’hui plus encore qu’hier, des trinômes académiques.

Rallye citoyen du camp de Souge, avril 2017. © P. Vadier / Armée de l'Air
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Le 22 novembre prochain, c’est dans un lieu hautement symbolique de l’histoire militaire française, l’Hôtel national des Invalides, que se réuniront les trinômes académiques pour leur 30e anniversaire. Cet événement sera l’occasion de faire un bilan des actions conduites depuis

1987, de donner la parole aux enseignants, mais aussi de réfléchir à la manière dont les trinômes peuvent apporter des réponses aux enjeux contemporains liés à la défense nationale et à la citoyenneté. "Éducation à la citoyenneté et enseignement de défense vont de pair", explique Olivier de Lavenère Lussan, président de la commission nationale des trinômes à l’Union-IHEDN. "Il s’agit de former des jeunes pour qu’ils puissent prendre leur part de responsabilité dans la société".

LA NAISSANCE ET LE DÉVELOPPEMENT DES TRINÔMES ACADÉMIQUES

À l’origine des trinômes académiques, un protocole signé en 1982 entre les ministères de l’éducation nationale et de la défense propose un rapprochement des deux institutions afin de développer et promouvoir l’esprit et la culture de défense. Cinq ans plus tard, en septembre

1987, est proposée l’organisation originale des trinômes, décentralisée au niveau des académies. Les premières actions menées consistent essentiellement en des visites d’unités militaires et des conférences.

Chacun des trinômes est placé sous la tutelle du recteur, assisté de l’autorité militaire territoriale et du président de l’association régionale des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), établissement public dont la mission principale est le développement de l’esprit de défense. Jean-François Dedieu, qui intègre l’association IHEDN "Alsace" en 1991 avant d’en devenir le président en 2004, se souvient : "Au début, nous marchions sur des œufs. Deux mondes absolument distants, celui de l’éducation et celui de la défense, se sont découvert, se sont connu, puis se sont apprécié. [...] Aujourd’hui, nous ne saurions plus nous passer de ces contacts".

UNE DÉMARCHE PARTENARIALE

Les trinômes académiques, c’est en effet l’alliance de la communauté militaire et de la communauté enseignante. C’est la rencontre de l’inspecteur d’académie et du délégué militaire départemental, de l’enseignant et du président de l’association régionale de l’Union-IHEDN, de l’élève et du militaire. La démarche partenariale trouve une traduction concrète dans les trois réunions annuelles de la commission pour la promotion de l’esprit de défense. Les membres émettent un avis sur les projets reçus, dont 300 environ sont subventionnés chaque année par la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives. Celle-ci a souhaité par ailleurs donner plus de visibilité aux actions des trinômes. Une plaquette et un clip de présentation ainsi que des reportages mis en ligne sur le site internet www.cheminsdememoire.gouv.fr contribuent à cet objectif.

Depuis 2016, à travers la signature d’un nouveau protocole interministériel, le ministère en charge de l’agriculture a rejoint les trinômes, élargissant ainsi leur périmètre d’action aux établissements d’enseignement agricole. Ce texte propose d’aller plus loin dans la démarche partenariale en invitant à la constitution d’un réseau qui comprendrait des associations, les élus étudiants et lycéens, les réservistes ou encore les acteurs environnementaux, sociaux, politiques, économiques et culturels. Eric Barrault, délégué pour l’éducation à la défense à la Direction générale de l’enseignement scolaire recommande : "L’utilisation d’outils numériques, du web rectoral, des sites des associations régionales, de la plateforme collaborative Viaeduc, doit déboucher sur la création de véritables communautés maillées entre elles". Le protocole de 2016 vise enfin à élargir leur champ de compétences à des thématiques telles que la mémoire et la lutte contre le décrochage, et propose le développement de liens entre la Défense et l’Enseignement supérieur. Il confie de nouvelles responsabilités aux trinômes, notamment celle d’intervenir directement auprès des scolaires, citoyens de demain.

PROMOUVOIR L’ESPRIT DE DÉFENSE SUR TOUS LES TERRITOIRES

Anne-Marie Hazard-Tourillon, inspectrice d’académie de Créteil et responsable du trinôme académique au nom de la rectrice Béatrice Gille, nous a confié en entretien : "Si je devais résumer l’apport majeur des trinômes, je dirais qu’il est de contribuer à la citoyenneté des jeunes. Les trinômes académiques, par les actions menées auprès des professeurs et des élèves, font comprendre la nécessité pour une démocratie en paix comme la France de disposer d’une Défense nationale afin assurer la sécurité des populations sur leur territoire. Il s’agit d’un enjeu très contemporain essentiel à la vie citoyenne".

Du rallye citoyen de Lavelanet dans l’Ariège le 9 mai dernier à la visite de la base aérienne 115 d’Orange en avril 2017 en passant par un séminaire sur la défense des valeurs de la République organisé au lycée de Kaweni à Mayotte en janvier 2017, l’esprit de défense irrigue l’ensemble de nos territoires grâce à l’action des trinômes, véritables relais locaux de l’enseignement de défense. Le général Bertrand de Reboul, commandant de zone Terre Sud-Est, l’exprime en ces termes : "Il s’agit pour les armées de participer à l’éducation à la citoyenneté, d’y prendre toute notre place mais rien que notre place. Dans ce cadre, le trinôme académique est indispensable à notre action puisqu’il nous ouvre les portes des écoles, collèges et lycées de l’académie et y légitime notre action".

30 ANS APRÈS, QUEL BILAN ?

Depuis l’origine des trinômes, ce ne sont pas moins de 100 000 enseignants qui ont participé à des opérations dans toutes les académies de métropole et d’outremer. Les bilans annuels des activités des trinômes témoignent de l’implication toujours croissante des acteurs de terrain. Ainsi, la participation des élèves a été multipliée par cinq en dix ans. Par ailleurs, les activités se sont diversifiées. Aujourd’hui, ce sont autour de 500 000 scolaires qui sont sensibilisés aux enjeux de défense chaque année, via des rallyes citoyens ou des rencontres avec des militaires engagés en opérations.

Dans quelques semaines, le 30e anniversaire des trinômes sera l’occasion d’affirmer haut et fort, et à l’unisson, des ambitions nouvelles pour les acteurs de l’enseignement de défense : contribuer à un meilleur rayonnement des trinômes, renforcer la formation des enseignants, s’ouvrir à de nouveaux partenaires et toucher, d’ici à cinq ans, l’équivalent d’une classe d’âge, soit 750 000 à 800 000 jeunes chaque année.


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La rédaction

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