Libération de Paris - Un écrin pour un nouveau musée

Chapeau

Le 25 août 2019, Paris fête le 75e anniversaire de sa libération. Pour le musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin, inauguré ce jour-là place Denfert-Rochereau, c’est une nouvelle page de son histoire, commencée il y a 25 ans, qui est en train de s’écrire.

Vue du square Nicolas Ledoux sur le futur musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin. © Ch. Batard, Agence Artene.
Texte

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la Libération de Paris, le musée Jean Moulin et le Mémorial du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris avaient été inaugurés sur la dalle Atlantique, au-dessus de la gare Montparnasse. En 2015, la Maire de Paris décidait officiellement de transférer l’établissement sur un nouveau site, plus visible et plus facile d’accès. L’établissement public Paris Musées et la Direction de la construction, du patrimoine et de l’architecture de la ville de Paris ont conduit le projet.

Sur les traces de la Libération de Paris

Pourquoi avoir choisi les pavillons d’octroi construits par l’architecte Claude Nicolas Ledoux à la fin du XVIIIe siècle ? À priori, peu de rapport avec la Seconde Guerre mondiale : ces deux pavillons servaient à loger les services administratifs de l’octroi. Puis s’y sont installés l’Inspection des carrières et le laboratoire d’essai des matériaux de la ville de Paris, et l’entrée des Catacombes dont la visite attire de nombreux touristes.

C’est dans le sous-sol que réside l’intérêt de transférer à Denfert-Rochereau le musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin. En effet, sous le pavillon, situé sur le chemin qu’avait emprunté le général Leclerc le 25 août 1944, se trouve un abri de défense passive. Inutilisé, il a servi à l’état-major régional des FFI de la région parisienne du 20 au 28 août 1944. L’idée de proposer sur les lieux à la fois un parcours permanent et une visite de site s’est imposée. La scénographie intègre donc l’exploration, à 20 mètres sous terre, de l’ancien poste de commandement du colonel Rol-Tanguy.

Un projet architectural entre patrimoine et modernité

Les pavillons d’octroi de la barrière d’Enfer sont protégés au titre des Monuments historiques. Ils font partie du très riche patrimoine bâti de la ville de Paris. L’agence Artène (Christophe Batard ACMH) a conduit l’opération de rénovation portant sur les deux édifices, de part et d’autre de l’avenue du colonel Rol-Tanguy. Toutes les fonctionnalités du musée ont pu être logées : les zones d’exposition permanente et temporaire, les réserves, un atelier pédagogique, le centre de documentation, les espaces d’accueil du public, une salle de conférences. Il a été décidé de faire un parcours permanent sur deux niveaux, commençant au rez-de-chaussée, dans le pavillon ouest, et se poursuivant dans les espaces de la construction annexe. Cela permet de créer une visite suivant de grands volumes modernes, des espaces de clarté, contrastant avec de plus petites pièces. La scénographie de l’exposition peut s’approprier ce territoire nouveau pour raconter l’histoire.

Une rencontre de l’histoire et du public

Les connaissances et les attentes des publics ont bien changé depuis la création des musées de Montparnasse, il y a 25 ans : aujourd’hui, la Seconde Guerre mondiale s’est éloignée dans le temps, sa compréhension n’est plus évidente, les anciens qui en assuraient la mémoire ne sont plus là. Les visiteurs ne disposent plus des mêmes clés pour entrer dans cette histoire. Leur demande en matière d’expérience de visite a évolué et les outils de médiation permettent de diversifier les approches. De plus, la nouvelle implantation en face des Catacombes attire un public étranger peu au fait de l’histoire française. En prenant en compte cette nouvelle donne, le propos et les objectifs du parcours ont été définis en amont : une présentation claire, pédagogique et adossée au discours scientifique, permettant à tous les publics - au coeur de la réflexion – de comprendre les enjeux historiques.

Le parti pris de l’exposition permanente

Il a donc fallu élaborer un nouveau parcours, pour un nouveau public, sur un nouveau site à partir des collections particulières du musée. À l’origine, le legs d’Antoinette Sasse, amie de Jean Moulin, a doté le musée d’archives sur l’unificateur de la Résistance. Des dons, des legs et des achats auprès de la famille de Jean Moulin ont complété ce premier ensemble. D’autre part, une donation de la Fondation Maréchal Leclerc de Hauteclocque a enrichi les collections d’objets ayant appartenu au général Leclerc et surtout aux hommes et aux femmes de la 2e DB. Enfin, la collecte de témoignages, l’acquisition d’oeuvres, de documents et de photographies sur les combattants, la Résistance et la libération de Paris ont considérablement développé le fonds sous l’impulsion de Christine Levisse-Touzé qui a dirigé le musée depuis sa création jusqu’en 2017.

Le musée est doté d’un conseil scientifique qui a apporté son aide dans la réflexion pour concevoir un parcours au plus près de la personnalité et de l’action de Jean Moulin et de celles de Philippe de Hauteclocque, futur général Leclerc. Des photographies, des correspondances et des objets éclairent leur cheminement et leur lutte. La Seconde Guerre mondiale, Paris occupé, les combats de la Résistance, les combats militaires et la libération de Paris sont approchés grâce au parcours des deux grandes figures, et à hauteur d’hommes et de femmes, résistants, Parisiens, combattants. La scénographie (agence Klapisch-Claisse) a pris le parti de jouer sur les espaces, utilisant les zones exiguës pour mettre en scène la Résistance et la répression, misant sur le volume pour ouvrir la thématique de la libération de Paris. Elle installe le face-à-face entre le public et les oeuvres pour que ces documents fragiles et ces objets du quotidien racontent au visiteur des histoires individuelles de vies et d’implication, parfois jusqu’à la mort. Notre souhait est d’offrir au public une découverte de ces engagements. Nous espérons susciter à la fois l’envie de comprendre ce qui se joue dans ce moment précis de l’histoire de la France, et la réflexion sur les enjeux de ces combats dont l’écho résonne singulièrement aujourd’hui.

L’environnement parisien

Le musée s’installe sur un terreau culturel particulièrement dense. Sur les thématiques de la Seconde Guerre mondiale, des musées existants proposent des parcours d’intérêt majeur : musée de la Résistance nationale, Mémorial de la Shoah, musée de l’Ordre de la Libération, musée de l’Armée… Le musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin, héritier du musée de Montparnasse, a déjà sa place auprès de ces partenaires avec lesquels il développe des synergies. Son rôle est de plonger le visiteur dans un monde en guerre, de lui expliquer les valeurs que défendent Moulin, Leclerc, les résistants de l’ombre et les combattants du soleil, de le faire réfléchir sur ces engagements décisifs. Une grande ambition pour un projet qui, nous l’espérons, saura conquérir le public.


Auteur
Sylvie Zaidman - Directrice du musée, conservatrice en chef du patrimoine

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