Pierre Simonet

Chapeau

Engagé dès juin 1940 dans les Forces françaises libres, il participe à de nombreuses campagnes dont celle de Syrie, de Libye, de Tunisie ou encore d’Italie, avant de débarquer en Provence en août 1944. Il est aujourd’hui l’un des quatre Compagnons de la Libération encore vivants.

Pierre Simonet. © Ordre de la Libération
Texte

Nous célébrons cette année le 75e anniversaire de la Libération de la France. Où étiez-vous en 1944 ?

J’ai participé aux opérations de la Libération de la France tout au long de l’année, et jusqu’au 8 mai 1945, jour de la capitulation allemande. À partir de mars 1944, j’étais engagé dans la campagne d’Italie. Le 16 août, j’ai débarqué en Provence au sein de la 1re division française libre en tant qu’observateur aérien sur piper-cub. J’ai alors assuré 137 missions en 250 heures de vol de guerre. J’ai obtenu quatre citations.

Pourquoi est-il important de continuer à commémorer cette histoire 75 ans après ?

N’oublions pas qu'en juin 1940, l'Armée française avait été détruite par l'armée allemande. L'État français signait l'armistice le 22 juin 1940, et livrait la moitié de son territoire à l'occupation germanique. Refusant l'humiliation, le général de Gaulle affirmait dans son appel du 18 juin 1940 : "la France a perdu une bataille, elle n'a pas perdu la guerre. Cette guerre est une guerre mondiale, foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là". C'est effectivement ce qui s'est réalisé.

Le 8 mai 1945, la face du monde a changé. L'Allemagne capitule devant les forces alliées. La France était bien présente dans les combats qui ont mené à la victoire. Elle a pleinement participé à la Libération.

La première armée française, qui a débarqué en Provence, a libéré Toulon et Marseille et poursuivi l'armée allemande jusqu'en Alsace. Par ailleurs, c’est la 2e division blindée du général Leclerc qui a libéré Paris et Strasbourg.

Les forces de la résistance intérieure ont quant à elle été d'un grand soutien dans l'épopée de la reconquête. Enfin, couronnement de l'engagement de la France, le 8 mai 1945, le général de Lattre de Tassigny, commandant de la 1re armée française, signe à Berlin, au nom de la France, aux côtés des généraux américain, anglais et russe, l'acte final de la capitulation allemande.

Commémorer, c'est donc saisir une occasion magnifique de rappeler aux générations montantes qu'en s'opposant à l'attitude de résignation, à la frilosité et à la soumission, les forces vives de la nation ont permis de sauver le pays de la barbarie qui menaçait le monde.

Quel regard portez-vous justement sur le monde d’aujourd’hui à l’aune de votre engagement pour la France ?

En 75 ans, notre monde a considérablement changé.

En 1945, l'Europe sortait de trois guerres franco-allemandes en 1870, en 1914-1918 et en 1939-1945. Depuis, l’Europe s’est construite autour d’une France et d’une Allemagne réconciliées ; la guerre froide a pris fin avec la chute du mur de Berlin en 1989 ; les empires coloniaux ont laissé place à des pays indépendants en Afrique et en Asie ; de 51 États, l’Organisation des Nations unies, fondée en 1945, est passée à 193 membres ; les populations du Moyen-Orient et d’Afrique, victimes des guerres et de la pauvreté, émigrent en masse vers l’Europe ; une deuxième révolution économique se réalise avec l’essor vertigineux de l’informatique et le développement de l’Internet ; la surconsommation et la surpopulation mondiale contribuent au problème du réchauffement climatique (et notre jeunesse se soulève déjà pour alerter les consciences !). Enfin, une nouvelle crise internationale voit le jour avec la multiplication des attentats terroristes sur tous les continents.

Ma position de Compagnon de la Libération ne me permet pas de juger de l'issue d'une situation mondiale de plus en plus complexe, mais je peux néanmoins former un espoir, sans doute le même auquel le jeune homme que j’étais il y a 75 ans s’est raccroché, celui de sauvegarder cette valeur de liberté pour laquelle nous nous sommes battus.


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