Le tourisme de mémoire en Alsace

Mémorial du Linge
Mémorial du Linge - © Office de tourisme vallée de Keysersberg

Sommaire

    Galerie photos
    Le camp de Natzweiler Struthof, déportation et résistances européennes
    Le camp de Natzweiler Struthof, ancien camp de concentration nazi (1941-1945)
    Venir au Struthof
    Autour du Struthof

    En résumé

    DATE : 3 août 2017

    LIEU : Hartmannswillerkopf, Alsace

    ISSUE : ouverture du premier historial franco-allemand de la Grande Guerre

    Du Moyen-Âge à la construction d’une Europe de la paix, l’Alsace fut de tous les combats ou luttes d’influence ! Territoire convoité, mais aussi terre d’échanges au centre de la vallée rhénane, elle a aujourd’hui à cœur de transmettre un riche patrimoine, pilier du développement du tourisme de mémoire dans la région. C’est l’une des missions confiée à l’agence Alsace Destination Tourisme.

    DE L’HISTOIRE AU PATRIMOINE

    C’est à partir du traité de Münster, en Westphalie, en 1648 que l’Alsace est progressivement rattachée au Royaume de France. Pour défendre la frontière du Rhin, Louis XIV crée alors une ligne de fortifications, dont Neuf-Brisach reste aujourd’hui l’exemple le plus achevé.

    Deux siècles plus tard, la guerre de 1870 amorce la "déchirure" de l’Alsace. Les batailles de Wissembourg et Froeschwiller ouvrent la voie à l’annexion allemande, que retracent aujourd’hui le musée de la bataille du 6 août 1870 de Woerth (tout juste rénové) et le sentier des Turcos. Dès lors, politique et culture allemandes s’implantent : l’université de Strasbourg, la Neustadt et le port du Rhin sont construits, ainsi que des fortifications stratégiques, dont la ceinture de forts détachés de Strasbourg et un peu plus loin, le fort de Mutzig, véritable laboratoire des techniques modernes de retranchement.

    Au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, l’Alsace est donc allemande. De nombreux volontaires s’engagent néanmoins dans l’armée française dès le début du conflit, donnant ainsi lieu à des combats fratricides. En Alsace, l’année 1915 est celle des grands affrontements pour s’emparer des sommets vosgiens afin de contrôler les entrées de vallées et voies de communication sur le piémont et le front des Vosges. La région se transforme alors en champ de bataille avec les combats du Linge, où l’on peut visiter aujourd’hui les vestiges des tranchées et le musée mémorial qui a fait l’objet d’un agrandissement en 2015.

    Par ailleurs, le Hartmannswillerkopf, l’un des quatre monuments nationaux de la Grande Guerre, son champ de bataille et le futur historial franco-allemand de la Grande Guerre permettent d’appréhender l’âpreté des combats de l’hiver 1915.

    Le retour de l’Alsace à la France en 1918 et les nouvelles menaces de guerre entraînent, dès 1929, la construction de la ligne Maginot le long du Rhin, ainsi qu’à proximité de la frontière nord vers le Palatinat. Elle compte 2 000 ouvrages dont les immenses Four-à-Chaux à Lembach et l’impressionnant fort de Schoenenbourg.

    En 1940, la Seconde Guerre mondiale est, pour l’Alsace, une nouvelle "déchirure" : annexée de fait après la défaite française, elle est, avec la Moselle, placée sous l’autorité du régime nazi. Dès lors, les lieux de tourmente s’appellent Natzweiler-Struthof, unique camp de concentration situé en France, ou Schirmeck-Vorbrück, camp de sûreté et de redressement politique dont il reste peu de traces aujourd’hui. Témoignent aussi de ce passé dramatique le sentier des prisonniers reliant les deux camps et le sentier des passeurs, chemin de la liberté pour les évadés, déserteurs ou réfractaires à l’incorporation de force dans l’armée allemande. La libération de l’Alsace par les Alliés, avec la 2e division blindée et la 1re Armée française, est enfin achevée en mars 1945. Autant d’événements que retrace aujourd’hui le musée des combats de la poche de Colmar ou que l’on rappelle à l’occasion d’un moment de recueillement dans la nécropole nationale de Sigolsheim.

    L’histoire de l’Alsace a fait de cette région l’héritière d’un patrimoine mémoriel riche d’une cinquantaine de sites, qui permettent une compréhension de la complexité du territoire et des leçons universelles à tirer des conflits qui l’ont tiraillé. C’est en effet aussi en réaction à la folie meurtrière des deux guerres mondiales qu’a pu et su se construire l’idée d’une Europe permettant de réconcilier les peuples autour d’un idéal de paix. L’implantation des institutions européennes à Strasbourg - Conseil de l’Europe, Parlement européen, Cour européenne des droits de l’homme, Fondation européenne de la science... - sur une terre longtemps et durement éprouvée, n’est donc pas le fruit du hasard et enrichit d’autant plus le patrimoine historique de la région.

    QUI SONT CES "TOURISTES DE LA MÉMOIRE" ?

    Dès le lendemain de la Première Guerre mondiale, des femmes et des hommes, tels des pèlerins, sillonnent les champs de bataille et entretiennent le souvenir de ceux qui sont tombés. Au même moment, des guides sont édités et quelques villes se dotent déjà d’infrastructures d’accueil. Du pèlerin qui se recueille au Hartmannswillerkopf ou dans le secteur de Woerth, au sortir du conflit, au touriste qui cherche, en 2017, à retracer le parcours de sa famille sous l’Occupation, s’écrit l’histoire d’un tourisme du souvenir qui deviendra le tourisme de mémoire. Au cœur de l’offre de visite en Alsace, la filière du tourisme de mémoire occupe aujourd’hui une place essentielle et est devenue presqu’incontournable. Elle représente une part importante de l’économie touristique du territoire. Source de flux de visiteurs, génératrice de recettes et créatrice d’emplois, cette filière est un levier économique à part entière.

    Qui sont ces touristes de la mémoire ? Parmi eux, 64% sont français et un tiers vient donc de l’étranger. Ce sont surtout les Alsaciens eux-mêmes qui participent au développement de ce tourisme (près de la moitié des visiteurs sont originaires de la région), signe qu’ils cherchent à comprendre ce qui les lie personnellement à l’histoire de leur région à travers le patrimoine mémoriel. Parmi les étrangers, plus de 54% sont allemands, ce qui témoigne d’une appétence particulière pour cette histoire commune et tourmentée franco-allemande, et 17% sont belges. Enfin, 35% des touristes de mémoire en Alsace sont des familles et 20% des enfants âgés de 10 ans en moyenne (principalement en voyages scolaires), des chiffres qui laissent penser que la transmission de la mémoire aux générations futures n’est pas un mince enjeu en Alsace.

    Que recherchent ces touristes ? En se rendant sur les lieux de mémoire alsaciens, ils souhaitent tout d’abord découvrir des sites dont ils ont entendu parler. Le contexte commémoratif exceptionnel de 2014 a, par exemple, attiré de nombreux touristes venus visiter les sites du front des Vosges qui ont acquis une grande notoriété grâce à une importante couverture médiatique lors des commémorations du centenaire de la Grande Guerre et du 70e anniversaire de la Libération (12% des visiteurs ont connu les sites de mémoire via les médias grand public). Par ailleurs, un quart des visiteurs cherche à s’informer en profondeur sur l’histoire du lieu et à la transmettre à ses enfants. Enfin, un public intéressé par la recherche généalogique est également accueilli sur les lieux de mémoire.

    Autant de motivations qui ont encouragé, face à cet afflux de visiteurs, le travail de promotion des offices de tourisme, d’Alsace Destination Tourisme et de l’Agence d’Attractivité Alsace. Cet investissement contribue lui aussi à jouer un rôle majeur dans le développement du tourisme de mémoire : 12% des visiteurs ont découvert le patrimoine mémoriel via le site internet des structures touristiques qui veillent depuis plusieurs années à définir et mettre en œuvre des programmes d’actions et de communication.

    LES GRANDES ORIENTATIONS DU TOURISME DE MÉMOIRE EN ALSACE

    Amorcé dès la fin des années 1990 avec notamment la fédération des sites alsaciens de la ligne Maginot et amplifié avec l’ouverture du Mémorial d’Alsace-Moselle en 2005, le tourisme de mémoire connaît une dynamique renforcée en 2008 avec l’édition de la brochure touristique "Alsace, Lieu de mémoires, Terre sans frontière".

    Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Grande Guerre, il a paru important aux différents acteurs du tourisme en Alsace d’engager, dès 2012, une forte dynamique mémorielle témoignant de la particularité du contexte franco-allemand dans lequel le patrimoine alsacien s’inscrit. Pour cela, une stratégie a été mise en place autour de plusieurs enjeux : tout d’abord, préserver l'intégrité des patrimoines en tant que témoins de l'histoire contemporaine de l'Alsace . puis, mettre en réseau les sites de mémoire de façon à optimiser collectivement leur promotion et leur accueil. Enfin, construire un discours axé sur l'Europe des peuples, la paix, l'organisation des nations européennes et la place privilégiée de Strasbourg, au cœur de l’Europe.

    Des actions prioritaires ont alors été identifiées, afin d’améliorer la transmission de l’histoire, la visibilité des sites et la connaissance des visiteurs et des retombées économiques. Cela passe tout d’abord par un soutien aux associations de bénévoles et chaque fois que possible par une professionnalisation des lieux de mémoire alsaciens. Pour assurer une cohérence événementielle, un appel à projets autour du centenaire de la Grande Guerre en Alsace a été lancé auprès des associations et collectivités pour la période 2014-2018. Il est attendu des projets soumis qu’ils valorisent le territoire alsacien, notamment dans sa dimension franco-allemande, et qu’ils intègrent des partenariats avec d’autres structures.

    Les opérations retenues bénéficient ainsi du label régional "Alsace 14-18". Un deuxième chantier vise à assurer la mise en valeur des sites de mémoire, du travail de recherche historique, de médiation et de communication. Cela suppose une implication forte des différents acteurs concernés (collectivités, lieux de mémoire, associations…). Plusieurs outils de communication et de découverte ont été créés dans ce sens. Un site internet, une application téléchargeable "Front des Vosges 14-18", des panneaux explicatifs sur l’ensemble des sites de mémoire du front des Vosges, des brochures et des séjours ont été développés dans le cadre du Pôle d’excellence rurale Front des Vosges 14-18. Ils permettent aux visiteurs français et étrangers de repérer facilement la diversité de l’offre, et assurent une communication cohérente sur un territoire fortement marqué par l’histoire des conflits contemporains. Les publications comme la carte touristique "Traces d’Histoire" ou le magazine Passion Vosges "Sentiers de mémoire" en sont les meilleurs exemples.

     

    mémorial Schirmeck

    Mémorial de l’Alsace-Moselle, Schirmeck. © Mémorial de l’Alsace-Moselle

     

    Enfin, une réflexion est en cours sur l’organisation et la mise en réseau des sites de mémoire et de leurs partenaires. Les sites majeurs comme le Centre européen du résistant déporté, le mémorial d’Alsace-Moselle de Schirmeck ou le Hartmannswillerkopf, ainsi que le patrimoine civil préservé tel que la Neustadt à Strasbourg, voire des sites industriels d’armement à l’architecture remarquable, serviront de base à des offres de séjours spécifiques.

    Grâce à la mobilisation de l’ensemble des acteurs institutionnels du territoire, à la mise en place de structures mémorielles adaptées et d’actions de promotion et de communication, les lieux de mémoire en Alsace bénéficient désormais d’atouts supplémentaires pour accueillir un public nombreux et passionné. Afin de s’insérer dans une dynamique nationale, l’Alsace a également adhéré depuis 2013 au Contrat de destination Grande Guerre, qui concerne l’ensemble des territoires de l’ancienne ligne de front. L’objectif de ce dispositif porté par le ministère en charge du tourisme est de faire émerger une filière du tourisme de mémoire et d’histoire, fondée sur une pratique d’itinérance. Il vise aussi à structurer une offre touristique axée sur la découverte des lieux de mémoire. Les actions conduites par les participants au Contrat de destination visent à accroître les flux touristiques et les retombées économiques sur les territoires concernés, à améliorer la qualité de l’accueil des touristes et à faire connaître à l’international cette destination touristique.

    Aujourd’hui, le tourisme de mémoire en Alsace continue de bénéficier de l’effet "centenaire de la Grande Guerre". Il témoigne du besoin des Alsaciens et de leurs voisins outre-Rhin d’approfondir leur connaissance du patrimoine et de l’histoire de leur région. Pour autant, l’Alsace est, par ses dimensions historique et géographique, ouverte sur l’Europe et le monde. C’est ainsi qu’elle s’apprête à accueillir le premier historial franco-allemand de la Grande Guerre et qu’elle participe à la candidature présentée par la France et la Belgique auprès de l’UNESCO pour inscrire les "sites funéraires et mémoriels de la Grande Guerre - Front ouest" au patrimoine mondial de l’humanité. Un beau témoignage du fait que la terre d’Alsace s’inscrit, par son histoire et ses mémoires, dans une dimension universelle.

     


    Guerre franco-prussienne 1870-1871
    Le musée de la bataille du 6 août 1870 Woerth

     

    Woerth

    Le musée de la bataille du 6 août 1870 à Woerth. © ADT/C. Fleith

     

    La bataille de Woerth fut engagée le 6 août 1870. Importante défaite française, elle obligea le maréchal Mac Mahon à battre en retraite en direction de Reichshoffen. Le musée évoque cette bataille, à travers un grand diorama rassemblant 4 000 figurines en étain, des documents d’archives, uniformes, armes et peintures... À l’ouest de Woerth, autour de Froeschwiller, on peut retrouver le lieu exact de la bataille où plus de 20 000 hommes furent tués.
    La "Route des Vergers et du Souvenir" permet de découvrir en vélo, sur 50 km de routes de campagne balisées, les nombreux monuments commémoratifs de la guerre de 1870.

    À découvrir autour : le fort Frère, le fort de Mutzig...


    Première Guerre mondiale
    Le sentier des bunkers

     

    sentier des bunkers

    Le sentier des bunkers. © CCVDS

     

    Sur 9 km, ce sentier qui démarre à Burnhaupt-le-Bas parcourt la ligne de front de 1914, jalonnée de bunkers et autres sites remarquables (moulins, lavoirs...). Des panneaux apportent, tout au long du parcours, des éléments d’explication. Ils permettent de comprendre le face-à-face franco-allemand lors de la guerre de position.

    À découvrir autour : le mémorial, la nécropole et l’historial franco-allemand du Hartmannswillerkopf, la nécropole de Dannemarie, la nécropole de Guebwiller, la nécropole de Moosch, la nécropole d’Altkirch, le mémorial du Linge...


    Seconde Guerre mondiale
    Le sentier des passeurs

     

    sentier des passeurs

    Le sentier des passeurs. © Office de tourisme de la vallée de la Bruche/S. Spach

     

    Depuis Salm jusqu’à Moussey, ce sentier est l’occasion d’une randonnée de 14 km à pied, avec plusieurs points d’intérêt historique. Moussey est le deuxième village français en nombre de victimes civiles après Oradour-sur-Glane ; le Donon était un point de passage vers la zone libre pour les évadés des camps nazis et les réfractaires alsaciens.

    À découvrir autour : le fort de Schoenenbourg, la nécropole de Natzweiler Struthof, la nécropole du Donon, la nécropole de Plaine, le mémorial d’Alsace-Moselle...

    Auteur

    Alsace Destination Tourisme

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